L’épouse de bois

Aujourd’hui, au détour d’un méandre de la Labyrinthèque, je vous propose de découvrir un livre étonnant, où la puissance et la magie de la nature sont célébrées.

L’épouse de Bois de Terri Windling raconte l’histoire de la poétesse Maggie Black, débarquée dans les Rincons en Arizona, où elle hérite de la maison d’un confrère poète. Là, elle y découvre la vie dans le désert, ses habitants, humains mais aussi esprits de l’eau, de la nuit, des arbres ou encore du vent…

Brian Froud, Elfin Knight, 1976

Brian Froud, Elfin Knight, 1976

Loin d’une vision lumineuse, Terri Windling en appelle aux mythes chamaniques amérindiens et dépeint des êtres sombres, aux préoccupations étrangères à l’humanité. Tantôt curieuses, tantôt cruelles, ces créatures fascinantes sont à jamais inquiétantes.

La trame scénaristique m’a toutefois paru confuse : les esprits, trompeurs, ont-ils « détraqué » les protagonistes ? Ou bien ne sont-ils qu’une métaphore des instincts bestiaux de ces derniers ? Le chemin en spirale qu’arpentent certains personnages est-il réel ou fantasmé ? Qui est vraiment coupable dans le meurtre du poète Cooper et dans la disparition de sa femme peintre Anna ?

En revanche, l’ambiance fantastique est le point fort du livre. Terri Windling, en évoquant poèmes et peintures, sait tisser un décor remarquablement évocateur.

Georgia O'Keeffe, Ram's Head, White Hollyhock-Hills, 1935, Brooklyn Museum

Georgia O’Keeffe, Ram’s Head, White Hollyhock-Hills, 1935, Brooklyn Museum

Le caractère magique et primitif du désert est ainsi évoqué à travers les peintures de Georgia O’Keeffe ou de Léonora Carrington. L’une est une amoureuse des paysages et des natures mortes et a séjourné à la frontière mexicaine ; l’autre est inspirée par les surréalistes mais aussi par l’artiste renaissant Jérôme Bosch.

Leonora Carrington, Pastoral, 1950, collection privée

Leonora Carrington, Pastoral, 1950, collection privée

Leonora Carrington, The house opposite, 1945

Leonora Carrington, The house opposite, 1945

Jérome Bosch, Le jardin des délices, détail, vers 1500, Madrid, Musée du Prado

Jérome Bosch, Le jardin des délices, détail, vers 1500, Madrid, Musée du Prado

Brian Froud est l’autre source d’inspiration artistique du roman : ses peintures de fées et d’esprits de la nature ont ainsi donné naissance à « l’épouse de bois », créature chtonienne bienfaisante dans le roman.

Brian Froud, Couverture de l'Epouse de Bois par Terri Windling

Brian Froud, Couverture de l’Epouse de Bois par Terri Windling

L’auteur cite aussi de magnifiques poèmes de Rainer Maria Rilke et Pablo Neruda, dont voici quelques extraits soulignant l’atmosphère crépusculaire et périlleuse qui baigne tout le roman.

Renvoie-moi, ô Soleil,
Vers ma destinée sauvage,
Pluie des bois anciens…
Je veux redevenir ce que je n’ai pas été,
Et apprendre à revenir de telles profondeurs
Que parmi l’ordre des choses
Je puisse vivre ou ne pas vivre. Qu’importe
D’être une pierre de plus, la pierre noire,
La pierre pure que la rivière emporte.

Pablo Neruda

Le ciel revêt un manteau d’un bleu sombre
que lui tient une rangée d’arbres anciens
Tu observes : et les terres se dérobent à ton regard,
L’une part au ciel, l’autre tombe

Et elles te laissent sans foyer, calme et sombre,
mais pas encore autant que les maisons assombries,
Tu n’appelles pas l’éternité avec autant de passion
Que les étoiles naissant et montant chaque nuit au firmament

Et elles te laissent (à toi de découvrir pourquoi)
Ta vie dans son effroyable immensité,
De sorte que, tantôt alourdi, tantôt incommensurable,
Il y a tour à tour de la pierre en toi, et de l’étoile.

Rainer Maria Rilke

A chaque début de chapitre, l’auteur nous dévoile des poèmes de son personnage Cooper. Ces vers libres sont dans la droite lignée des maîtres cités plus haut.

Et par la grâce de qui suis-je arrivé ici,
Posé là où le clair de lune tue
Et où les rêves laissent sang et feuilles
Sur les draps défaits de l’aube…

Ce soir, ils ont gagné.
La pénombre est dure à respirer, elle prend
Ma gorge, et je suis moins un homme
Qu’une faim. J’attends.

Terri Windling, L’épouse de bois

 

3 réflexions au sujet de « L’épouse de bois »

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