L’art du portrait : le visage en question #6

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Si l’œuvre cherche à présenter une réalité, c’est une réalité proprement picturale, qui s’exprime sur le mode de l’irréalisation ; ici irréalisation de la copie.

Zoran Music, Autoportrait, 1990, Galerie Ditesheim, Neuchatel

Zoran Music, Autoportrait, 1990, Galerie Ditesheim, Neuchatel

Un mouvement de fluctuation perpétuelle entre apparition et disparition amène le sujet dans un entre-deux entre présence et absence, se manifestant par le clair-obscur chez Zoran Music. Une technique parfois reprise par Hélène Schjerfbeck, notamment dans son Autoportrait vert « lumière et ombres » et Eugène Leroy dans un Autoportrait de 1962.

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L’épouse de bois

Aujourd’hui, au détour d’un méandre de la Labyrinthèque, je vous propose de découvrir un livre étonnant, où la puissance et la magie de la nature sont célébrées.

L’épouse de Bois de Terri Windling raconte l’histoire de la poétesse Maggie Black, débarquée dans les Rincons en Arizona, où elle hérite de la maison d’un confrère poète. Là, elle y découvre la vie dans le désert, ses habitants, humains mais aussi esprits de l’eau, de la nuit, des arbres ou encore du vent…

Brian Froud, Elfin Knight, 1976

Brian Froud, Elfin Knight, 1976

Loin d’une vision lumineuse, Terri Windling en appelle aux mythes chamaniques amérindiens et dépeint des êtres sombres, aux préoccupations étrangères à l’humanité. Tantôt curieuses, tantôt cruelles, ces créatures fascinantes sont à jamais inquiétantes.

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L’art du portrait : le visage en question #5

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Le portrait opère le sujet. Il en est l’opérateur, celui qui le fait fonctionner, le met en marche. Le peintre, quant à lui, opère le sujet en tant qu’il est le chirurgien du tableau : il pratique une intervention. Il s’agit donc d’ouverture, d’extraction, à fin de libération. Une forme de violence ou d’agression caractérise la nature intrusive de cette opération.

Le portrait est amené à exposer un individu. La réalisation d’un portrait suppose un modèle, avec lequel l’artiste tisse ou non des liens qui peuvent devenir rapports de forces. En effet se prêter à son regard n’est pas sans risque : il peut trahir, calomnier, voire flatter. Le portrait est une mise à nu, un dévoilement du modèle, dans une réinterprétation que l’artiste offre au regard du spectateur.

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L’art du portrait : le visage en question #4

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L’identité, au-delà de la personnalité, comprend le genre et la nature. Or le portrait se permet toutes les dénaturations. La peinture institue en effet un mouvement d’abstraction au sein duquel se produit une réorganisation des formes. Dès lors, l’imaginaire du peintre fait ressortir la déformation de l’être. Non seulement le portrait produit une torsion plastique, mais il montre aussi ces pulsions et autres caractères animaux qui « déforment » l’homme. Celui-ci s’efface alors devant ses instincts. Le portrait évoque le « monstrueux » et l’anormal à travers la représentation d’êtres hybrides.

Francis Bacon, Study after Velasquez, 1950, collection particulière

Francis Bacon, Study after Velasquez, 1950, collection particulière

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L’art du portrait : le visage en question #2

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Notre société, en surexposant les individus, en développant un culte toujours plus prononcé de la mise à nu et du dévoilement de son intimité, provoque paradoxalement une « désertion sociale » comme le note Gilles Lipovestsky, un désintérêt pour ce trop-plein de visible et une rupture avec tout autre que soi. Notre société a poussé le particularisme tellement loin que « plus la subjectivité est sollicitée, plus l’effet est anonyme et vide[1] ».

Or, d’un corps ou d’un visage particulier, l’artiste cherche justement à tirer l’universel (consciemment ou non).

Alberto Giacometti, Isaku Yanaihara, 1956, Art Institute, Chicago

Alberto Giacometti, Isaku Yanaihara, 1956, Art Institute, Chicago

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Expositions automnales

Je vous propose aujourd’hui un petit tour d’horizon de quelques œuvres admirées au détour d’expositions parisiennes.

En effet, deux splendides expositions se terminent cet automne, qui, contre toute attente, rassemblent quelques points communs : la rétrospective « David Hockney », au Centre Pompidou et « Paysages Japonais » au Musée Guimet.

David Hocney, A closer winter tunnel, 2006, Art Gallery of New South Wales, Sydney

David Hockney, A closer winter tunnel, 2006, Art Gallery of New South Wales, Sydney

Kesai Eisen, 69 relais du Kisokaido, Oi, 1835-40

Kesai Eisen, 69 relais du Kisokaido, Oi, 1835-40

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Les anges ne vieillissent pas – à propos d’Henri Matisse et Marc Chagall

On a souvent dit des artistes Henri Matisse et de Marc Chagall qu’ils sont des chantres de la couleur. Bien au-delà, ils sont de véritables conteurs de la joie de vivre.

Marc Chagall, La Danse, 1950-1951, Paris, Centre Pompidou

Marc Chagall, La Danse, 1950-1951, Paris, Centre Pompidou

Pour tous les deux, la révélation de la couleur comme expression de l’émotion créatrice se fait progressivement pour atteindre un apogée au milieu du 20è siècle.

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Gustave Moreau et le pinceau enchanté

Voilà un titre qui sonne comme un conte de fées, et en effet, Gustave Moreau (1826-1868) est un artiste aux dons très particuliers. D’une culture éclectique, son œuvre est complexe et fondatrice de la modernité du 20ème siècle.

Gustave Moreau, Les Sirènes, 1872

Gustave Moreau, Les Sirènes, 1872

Chez Moreau, la couleur est très libre, mais rationalisée par la ligne graphique qui la cloisonne et sculpte les moindres détails. Ceux-ci semblent tantôt brodés, tantôt ciselés (Moreau revendiquait l’influence de l’émail), notamment dans Le Triomphe d’Alexandre le Grand.

Gustave Moreau, Le triomphe d'Alexandre le Grand, détail, 1873-1890, Paris, Musée Gustave Moreau

Gustave Moreau, Le triomphe d’Alexandre le Grand, détail, 1873-1890, Paris, Musée Gustave Moreau

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