Des roses pour les amoureux d’art

Pour la Saint-Valentin, la Labyrinthèque vous offre des roses !

Raoul Dufy, Les roses, vers 1942, Musée d'art moderne de la ville de Paris

Raoul Dufy, Les roses, vers 1942, Musée d’art moderne de la ville de Paris

Lire la suite

L’inspiration de 2017

Pour commencer l’année 2017 en Beauté, un poème s’impose :

« Mystiques barcarolles,
Romances sans paroles,
Chère, puisque tes yeux,
Couleur des cieux,

Puisque ta voix, étrange
Vision qui dérange
Et trouble l’horizon
De ma raison,

Lire la suite

Marche doucement…

Hervé Guibert, Agneaudoux, 1981

Hervé Guibert, Agneaudoux, 1981

Si je pouvais t’offrir le bleu secret du ciel,
Brodé de lumière d’or et de reflets d’argent,
Le mystérieux secret, le secret éternel,
De la vie et du jour, de la nuit et du temps,
Avec tout mon amour je le mettrais à tes pieds.
Mais moi qui suis pauvre et n’ai que mes rêves,
Sous tes pas je les ai déroulés.
Marche doucement car tu marches sur mes rêves.

William Butler Yeats, Lui qui aurait voulu pouvoir offrir le ciel, 1899

Lire la suite

Entre l’âme et l’obscurité

« Je t’appelle : viens à l’antique escalier en spirale
Concentre-toi de tout ton esprit sur la montée raide,
Sur les créneaux ruinés qui s’effritent,
Sur l’air constellé que nul souffle n’agite,
Sur l’étoile qui indique le pôle caché ;
Concentre toutes tes pensées errantes sur
Ce lieu où la pensée s’élabore :
Qui peut distinguer entre l’âme et l’obscurité ?

[…]

Olivier Debré, Lysne noir, 1974, Galerie Haaken, Oslo

Olivier Debré, Lysne noir, 1974, Galerie Haaken, Oslo

Lire la suite

L’arbre et l’oiseau

Paul Klee, oiseau et forêt, 1920

Paul Klee, oiseau et forêt, 1920

« Un peuplier sous les étoiles
que peut-il.
et l’oiseau dans le peuplier
rêvant, la tête sous l’exil
tout proche et lointain de ses ailes,
que peuvent-ils tous les deux
dans leur alliance confuse
de feuillages et de plumes
pour gauchir la destinée.
Le silence les protège
et le cercle de l’oubli
jusqu’au moment où se lèvent
le soleil, les souvenirs.
Alors l’oiseau de son bec
coupe en lui le fil du songe
et l’arbre déroule l’ombre
qui va le garder tout le jour. »

Jules Supervielle, Tiges, extrait du recueil Gravitations suivi de Débarcadères (1925-1956)

Paul Klee, Jardin d'oiseaux, 1924, Munich, Pinakothek der Moderne

Paul Klee, Jardin d’oiseaux, 1924, Munich, Pinakothek der Moderne

« De ton visage qui s’achève »

Eugène Carrière, Autoportrait, vers 1901, Strasbourg, Musée d'Art Moderne et Contemporain

Eugène Carrière, Autoportrait, vers 1901, Strasbourg, Musée d’Art Moderne et Contemporain

Évanescence, effacement, pâleur, dilution, brouillage… autant de solutions picturales pour traduire le fantomatique.

Henri Michaux. Sans titre. 1949

Henri Michaux. Sans titre. 1949

Etre mystérieux et inquiétant chez Serafino Macchiati, Paul Gauguin, Henri Michaux ou Léon Spilliaert, le revenant est aussi une trouble émanation de notre propre inconscient, que nous proposent en miroir les portraits de Miquel Barcelo, Zoran Music, Gerhardt Richter ou encore Eugène Carrière…

Serafino Macchiati, Le Visionnaire, 1904, Paris, Musée d'Orsay

Serafino Macchiati, Le Visionnaire, 1904, Paris, Musée d’Orsay

Paul Gauguin, Figure spectrale portant la main à son front ou Madame la Mort, 1890, Paris, Musée d'Orsay

Paul Gauguin, Figure spectrale portant la main à son front ou Madame la Mort, 1890, Paris, Musée d’Orsay

Léon Spilliaert, Le couple, vers 1902, Bruxelles, Musées royaux des Beaux Arts de Belgique

Léon Spilliaert, Le couple, vers 1902, Bruxelles, Musées royaux des Beaux Arts de Belgique

La dialectique de l’apparition/disparition se comprend différemment selon la sensibilité des artistes : Zoran Music, rescapé des camps de la mort, traduit sa vision de l’humanité mise en péril ; Gerhart Richter substitue au personnage le flou comme sujet de la peinture (flou matriciel, riche de toutes les possibilités de l’imaginaire) ; Eugène Carrière étale la matière et diffuse ses personnages dans la toile afin de créer une atmosphère d’intimité telle que la produit le souvenir.

Miquel Barcelo, Autoretrat Fumat, 2010

Miquel Barcelo, Autoretrat Fumat, 2010

Zoran Music, Autoportrait, 1990, Collection Robert et Lisa Sainsbury

Zoran Music, Autoportrait, 1990, Collection Robert et Lisa Sainsbury

Louis LeBrocquy, Study of Self, 1994

Louis LeBrocquy, Study of Self, 1994

Gerhart Richter, Portrait de Dieter Kreutz, Kunstsammlung aus nordrhein-westfalen, Aachen

Gerhart Richter, Portrait de Dieter Kreutz, Kunstsammlung aus nordrhein-westfalen, Aachen

En photographie, on citera le travail incontournable de Francesca Woodman, à laquelle j’ai déjà consacré un article, à relire ici.

Francesca Woodman

Francesca Woodman – House#3, Rhode Island – 1975-1976

Mais peut-on également sculpter un fantôme ? Quels effets de matière pour traduire l’immatérialité ?

Medardo Rosso propose des figures à la limite de l’apparition, encore prises dans la gangue de matière inerte dont elles sont issues. Ses personnages « vibrent » ainsi à travers la matière en gestation, et présentent une vitalité qui se dérobe sans cesse.

Medardo Rosso, Ecce Puer, 1906

Medardo Rosso, Ecce Puer, 1906

Enfin quel meilleur médium pour traduire l’opalescence et la fragilité du fantôme que le verre ? Karen LaMonte le manie à merveille. L’artiste fait entièrement disparaître le corps, ne laissant que le vêtement encore gonflé des formes de la chair. Le vêtement comme lambeau d’être prend alors son autonomie. Il est peut-être bien plus que le substitut d’un corps disparu…

Karen LaMonte, Dress with Shawl, 2004, verre

Karen LaMonte, Dress with Shawl, 2004, verre

Enfin, clin d’œil aux très nombreuses représentations – artistiques, littéraires, cinématographiques – du fantôme se manifestant à travers un miroir, l’oeuvre Lark Mirror, Hysteria, fait aussi appel aux théories de l’hystérie et du délire de persécution, développées dès la fin du XIXème siècle.

Karen LaMonte, Lark Mirror - Hysteria, 2008, verre

Karen LaMonte, Lark Mirror – Hysteria, 2008, verre

Le reflet de jeune femme à la fois séductrice, énigmatique et inquiétante, serait donc la manifestation d’une hallucination… la nôtre ? A moins qu’ « ON » ne nous guette vraiment… Et le spectateur face à cette œuvre ne manquera pas de ressentir quelque frisson…

Pour les amateurs de littérature, voici quelques idées de lectures (à consommer idéalement au coin du feu par une nuit d’orage !) :

  • Henri James, le tour d’écrou
  • Oscar Wilde, le fantôme de Canterville
  • Herbert George Wells, l’homme invisible
  • Edith Wharton, le triomphe de la nuit

Pour terminer, un poème tout en silences et profondeurs nocturnes, évoquant selon moi le glissement d’un être vers des mondes éthérés :

« Des cieux surabondants d’étoiles prodiguées
Mettent leur faste au-dessus de l’affliction. Au lieu de pleurer
Dans les oreillers,
Lève tes yeux pleins de larmes. C’est ici déjà, à partir de ton visage
En pleurs,
De ton visage qui s’achève,
Que l’univers impérieux commence et se
Propage. Qui brisera,
Si c’est dans cette direction que tu te presses,
Le courant ? Personne. Sauf toi,
Si soudain tu te mettais à lutter contre l’orientation puissante
De ces astres vers toi. Respire.
Respire l’obscur de la terre et de nouveau
Lève les yeux ! De nouveau. Légère et sans visage
La profondeur d’en haut s’appuie sur toi. L’indifférent
Visage contenu dans la nuit prête au tien de l’espace. »

Rainer Maria Rilke, Poèmes à la nuit, 1913

Chevelures en tous sens

La chevelure, un des fantasmes de la féminité par excellence.

De la peinture à la sculpture, elle fait fonction de parure naturelle de la femme. Toutefois, dans certaines œuvres, elle devient véritablement le sujet principal :

Luigi Russolo, Chevelure, la Chevelure de Tina, 1910-1911, Collection particulière

Luigi Russolo, Chevelure, la Chevelure de Tina, 1910-1911, Collection particulière

Henri Matisse, La Chevelure, 1932, National Gallery of Australia

Henri Matisse, La Chevelure, 1932, National Gallery of Australia

Opulente, ondoyante, la chevelure, par sa texture riche et son mouvement voluptueux, devient, chez Matisse ou Russolo, une métaphore de la femme. La partie évoque ici le tout, se substituant au corps dans son entier : courbes, sinuosités, chaleur (évoquée par les tons de flamme de la peinture de Russolo), mais aussi sensations tactiles (douceur, légèreté ou au contraire lourdeur…).

Franz Von Stuck, Lilith ou Le péché, 1893

Franz Von Stuck, Lilith ou Le péché, 1893

La sensualité du cheveu peut même devenir diabolique comme dans les œuvres symbolistes de la fin du 19ème siècle, par exemple celles de Franz Von Stuck, Gustav Klimt ou encore Giovanni Segantini. Chez Stuck, la chevelure brune, épaisse, cache de sombres mystères. Elle séduit, envoûte, et fait tomber dans le péché, clairement symbolisé par le serpent qui la prolonge. Enfin la chevelure fonctionne comme substitut d’une autre pilosité, tout aussi fournie, attirante et secrète…

Paul Dardé - Eternelle Douleur - 1913

Paul Dardé – Éternelle Douleur – 1913

Or cette même chevelure est bientôt frappée d’anathème, à travers le mythe de Méduse. Maudite pour sa beauté ensorcelante, Méduse voit sa chevelure se transformer en serpents, son charme aimable devenir monstrueux. Charme stupéfiant, au sens propre du terme.

Giovanni Segantini, Les mauvaises mères, 1894, Kunsthaus Zurich

Giovanni Segantini, Les mauvaises mères, 1894, Kunsthaus Zurich

Segantini condamne aussi à sa façon cette chevelure libertine, en en faisant l’apanage des « mauvaises mères », femmes de mauvaises mœurs, qui se voient punies de cruelle façon. Leur chevelure devient toile et prison, elle les accroche à des arbres dont les branches, se confondant avec le drapé, s’enroulent autour du corps des femmes. Étrange analogie avec la figure de la crucifixion.

Dante Gabriel Rossetti, Lady Lilith, 1866-1868, Delaware Art Museum

Dante Gabriel Rossetti, Lady Lilith, 1866-1868, Delaware Art Museum

La chevelure, rousse en particulier, est un sujet de prédilection à la fin du 19ème siècle. Image d’une féminité idéalisée, cette chevelure est aussi marque de vanité (vanité de la beauté, de la femme, mais aussi de l’idéal féminin), comme le montrent les œuvres de Fernand Khnopff, Dante Gabriel Rossetti ou encore Gustav Klimt.

Gustav Klimt, Serpents d'eau I, 1904-1907, Osterreichische Galerie Belvedere, Vienne

Gustav Klimt, Serpents d’eau I, 1904-1907, Osterreichische Galerie Belvedere, Vienne

Gustav Klimt, serpents d'eau II, 1904-1907, Osterreichische Galerie Belvedere, Vienne

Gustav Klimt, Serpents d’eau II, 1904-1907, Osterreichische Galerie Belvedere, Vienne

Dans les Serpents d’Eau de Klimt, la chevelure ruisselle autour des corps, soulignant les courbes ondoyantes et suaves des fesses, des cuisses, du dos.

Dans d’autres œuvres, la chevelure devient voile, cache l’intimité pour mieux dévoiler la sensualité des corps. Cette ambiguïté est à relier avec l’iconographie de Sainte Marie Madeleine, la pécheresse repentie.

Gregor Erhardt, Sainte Marie Madeleine, vers 1515-1520, Musée du Louvre, Paris

Gregor Erhardt, Sainte Marie Madeleine, vers 1515-1520, Musée du Louvre, Paris

Or la chevelure de Marie Madeleine, autrefois symbole de sensualité et de lucre, lui devient objet d’humilité : elle s’en sert pour essuyer les pieds du Christ sur la croix. Dans la sculpture de Gregor Erhardt, la chevelure devient habit, bien que camouflant partiellement sa nudité. Toutefois le sculpteur, en laissant voir cette chair, exprime un corps assumé et lavé de ses péchés : donc d’une beauté innocente proche de l’Éden originel.

Sandro Botticelli, la Naissance de Vénus, vers 1486, Musée des Offices, Florence

Sandro Botticelli, la Naissance de Vénus, vers 1486, Musée des Offices, Florence

Le corps de la Madeleine n’est pas provocant, mais propice à une contemplation apaisée. Cette image fait écho à la Naissance de Vénus de Botticelli qui dépeignait quant à lui une beauté divine, quoi que déjà plus tendancieuse, puisque celle de Vénus…

Et par ce retour au profane et au sensuel, la boucle est ainsi bouclée – c’est le cas de le dire !

Et en bonus, ne manquez pas de (re)lire La Chevelure de Charles Baudelaire (1857) :

« Ô toison, moutonnant jusque sur l’encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l’alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d’autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

J’irai là-bas où l’arbre et l’homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l’ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève !
Tu contiens, mer d’ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l’or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D’un ciel pur où frémit l’éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d’ivresse
Dans ce noir océan où l’autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l’azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m’enivre ardemment des senteurs confondues
De l’huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ? »

L’heure du conte

La Labyrinthèque vous propose désormais son « heure du conte », petite chronique erratique pour soigner la morosité ambiante.

Les parents ne s’y trompent pas, le conte est un formidable vecteur d’éducation morale et culturelle. Mais pourquoi le conte serait-il cantonné au monde de l’enfance ? Il peut en effet apporter à tout âge sagesse, réjouissance, sérénité comme mélancolie…

Cette semaine, partons donc à la découverte des contes populaires du monde. Je vous propose, en abrégé, un conte rapporté par Reine Cioulachtjian dans ses Contes d’Arménie :

Le stupide :

Un pauvre paysan travaillait sans relâche pour pouvoir manger à sa faim, mais, en dépit de tous ses efforts, restait toujours pauvre. Découragé, il décide d’aller se plaindre de son sort à Dieu. Chemin faisant, il rencontre un loup famélique qui lui demande où il se rend.

– Je vais me plaindre à Dieu, répond le paysan, je suis trop pauvre et ce n’est pas juste.

– Peux tu aussi parler pour moi à Dieu ? Du matin au soir je cours les bois pour chercher ma nourriture, mais souvent sans succès. Pourquoi Dieu m’a-t-il créé si c’est pour me laisser mourir de faim ?

Le loup famélique de Merlin l'enchanteur - Studios Disney - 1963

Le loup famélique de Merlin l’enchanteur – Studios Disney – 1963

Le paysan promet de poser la question à Dieu et reprend son chemin. Plus tard, il rencontre une jolie jeune fille qui se lamente. Il lui explique son but et lui propose alors de transmettre une requête à Dieu.

– Je t’en prie, demande lui pourquoi une jeune fille douce, jolie et bonne comme moi reste seule, sans personne à qui parler jamais ? Le paysan promet de poser la question et poursuit sa route.

Camille Corot - Jeune femme tressant une couronne de fleurs - 1870 - Museum of Fine Arts, Boston

Camille Corot – Jeune femme tressant une couronne de fleurs – 1870 – Museum of Fine Arts, Boston

Enfin, il aperçoit un arbre tout rabougri auprès d’un petit ru. Ce dernier se lamente. Le paysan lui propose de porter un message pour lui à Dieu.

L’arbre lui demande d’expliquer son cas à Dieu :

– Je suis planté sur une terre fertile, mes racines sont abreuvées par l’eau du ruisseau, et pourtant je me dessèche. Personne ne s’arrête sous mon feuillage et aucun enfant ne vient jouer dans mes branches tant je suis ratatiné.

Caspar David Friedrich - L'arbre aux corbeaux - 1822 - Musée du Louvre

Caspar David Friedrich – L’arbre aux corbeaux – 1822 – Musée du Louvre

Le paysan se remet en marche et finit par arriver devant Dieu. Il lui expose son problème, et Dieu répond :

– Rentre chez toi, brave homme. A deux reprises, tu rencontreras ta chance. Saisis la et tu seras riche et heureux.

Avant de partir, le paysan expose les cas du loup, de la jeune fille et de l’arbre, et, pour chacun, Dieu lui donne des solutions.

Sur le chemin du retour, l’arbre demande au paysan s’il a des nouvelles pour lui.

– Dieu a dit qu’un coffre empli d’or était enterré sous tes racines et t’empêchait de croître. Qu’on enlève cet or et tu reverdiras, lui répond le paysan.

– Fantastique ! s’écrie l’arbre. Vite, creuse et prends l’or, nous serons heureux tous les deux.

– Non, je n’ai pas le temps, répond le paysan. Dieu m’a offert ma chance, il me faut rentrer chez moi et en profiter !

Il s’éloigne rapidement et arrive à la hauteur de la chaumière de la jeune fille.

– Qu’a dit Dieu pour moi ? s’enquiert-elle.

– Il a expliqué que pour trouver la joie et le bonheur, il te faut un compagnon avec qui tout partager.

Un grand espoir saisit la jeune fille qui prend les mains du paysan et lui déclare :

– Puisque c’est ainsi, épouse moi ! Nous serons heureux ensemble !

– Non non, répond le paysan. Dieu m’a donné ma chance, je n’ai pas le temps. Je dois rentrer chez moi et en profiter.

Il laisse la jeune fille mortifiée derrière lui et retourne chez lui. Avant d’arriver, il croise le loup, qui vient aux nouvelles.

Le paysan, un peu fatigué de ses longues pérégrinations, s’assoit sur le rocher et raconte toute son aventure au loup. Celui-ci en vient alors à demander :

– Et que t’a raconté Dieu à mon sujet ?

– Dieu pense que tu devras errer affamé jusqu’à ce que tu rencontres un imbécile qui assouvira ta faim.

Alors le loup ouvre grand la gueule en un sourire carnassier et dit :

– Où trouverais-je un plus grand imbécile que toi ?

Et il croqua le paysan.

  • Retrouvez ce conte en intégralité et bien d’autres dans : Contes d’Arménie. Reine Cioulachtjian, éditions Sutton, 2014.