Quand on est chat #5

Karel Appel, The Circus Suite, Le Chat Clown from Portfolio III, 1978, collection privée

Karel Appel, The Circus Suite, Le Chat Clown from Portfolio III, 1978, collection privée

Le chat ouvrit les yeux
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux,
Le soleil y resta.

Voilà pourquoi, le soir,
Quand le chat se réveille,
J’aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil

Maurice Carême, L’Arlequin, 1972

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L’épouse de bois

Aujourd’hui, au détour d’un méandre de la Labyrinthèque, je vous propose de découvrir un livre étonnant, où la puissance et la magie de la nature sont célébrées.

L’épouse de Bois de Terri Windling raconte l’histoire de la poétesse Maggie Black, débarquée dans les Rincons en Arizona, où elle hérite de la maison d’un confrère poète. Là, elle y découvre la vie dans le désert, ses habitants, humains mais aussi esprits de l’eau, de la nuit, des arbres ou encore du vent…

Brian Froud, Elfin Knight, 1976

Brian Froud, Elfin Knight, 1976

Loin d’une vision lumineuse, Terri Windling en appelle aux mythes chamaniques amérindiens et dépeint des êtres sombres, aux préoccupations étrangères à l’humanité. Tantôt curieuses, tantôt cruelles, ces créatures fascinantes sont à jamais inquiétantes.

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Quéquette en toc et tétin flétri – Poésie fleurie des siècles derniers

Petite réjouissance littéraire du jour : deux poèmes de l’Antiquité et de la Renaissance. Attention, langage cru, laideur et comique sont au rendez-vous :

Dans le premier texte, extrait des Priapées (1er siècle), Priape, affligé d’un pénis géant et d’une lubricité égale, s’adresse à une femme :

« Tu me regardes comme une marionnette,
Avec une serpette de bois et une quéquette en toc.
Cette quéquette je te la fourrerai, tu te la prendras tout entière enfourrée, à la loyale,
Et tu vas en sentir la taille.
Elle est plus raide qu’un treuil, plus bandée qu’une lyre
Et je te l’enfoncerai jusqu’à la septième côte.

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L’inspiration de 2017

Pour commencer l’année 2017 en Beauté, un poème s’impose :

« Mystiques barcarolles,
Romances sans paroles,
Chère, puisque tes yeux,
Couleur des cieux,

Puisque ta voix, étrange
Vision qui dérange
Et trouble l’horizon
De ma raison,

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Entre l’âme et l’obscurité

« Je t’appelle : viens à l’antique escalier en spirale
Concentre-toi de tout ton esprit sur la montée raide,
Sur les créneaux ruinés qui s’effritent,
Sur l’air constellé que nul souffle n’agite,
Sur l’étoile qui indique le pôle caché ;
Concentre toutes tes pensées errantes sur
Ce lieu où la pensée s’élabore :
Qui peut distinguer entre l’âme et l’obscurité ?

[…]

Olivier Debré, Lysne noir, 1974, Galerie Haaken, Oslo

Olivier Debré, Lysne noir, 1974, Galerie Haaken, Oslo

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Microcosme

La sculpture est un médium artistique qui permet de jouer à volonté des changements d’échelle. Dans l’espace urbain, la sculpture se décline le plus souvent de la taille humaine au monument ; il s’agit de produire une oeuvre reconnaissable, qui marque le territoire et donne une identité à la ville. De telles productions sont la plupart du temps pérennes.

Je voudrais aujourd’hui vous parler d’installations urbaines qui, tout à l’inverse, sont « invisibles » et éphémères, à travers l’oeuvre de l’artiste contemporain Slinkachu.

Cet artiste anglais développe depuis 2006 son « Little People Project » : l’installation et la photographie de minuscules personnages dans des zones urbaines insipides voire désaffectées. Tout ce petit monde reste ensuite en place. Les personnages sont rapidement amenés à se dégrader : aléas du temps, passage des véhicules, des citadins, etc.

Slinkachu dépeint un véritable microcosme perdu dans l’immensité des villes actuelles. Dans ces espaces désertés de l’homme, nos minis alter-egos sont dépeints avec humour et mélancolie : de petits ouvriers ramassent les rogatons que nous autres, hommes, avons nonchalamment laissé traîner à côté de containers à déchets, rappelant ainsi le comportement des animaux errants ou encore le travail de recyclage des fourmis.

Slinkachu - Scavengers

Slinkachu – Scavengers

Slinkachu - Localisation de l'installation "Scavengers"

Slinkachu – Localisation de l’installation « Scavengers »

Dans d’autres scènes, des jeunes désœuvrés se retrouvent à méditer sur ce monde. Cette représentation des jeunes de banlieue est émouvante et casse le stéréotype de petits délinquants sans foi ni loi. Chez Slinkachu, ce sont avant tout des êtres fragiles, poétiques même : un de ces petits personnages a cueilli une énorme fleur, apparemment pour lui-même, peut-être dans un geste d’émerveillement devant cette beauté sans prétention…

Slinkachu - Unwanted ones

Slinkachu – Unwanted ones

Slinkachu - Localisation de l'installation "Unwanted ones"

Slinkachu – Localisation de l’installation « Unwanted ones »

Le message de cet artiste : aller à l’encontre de ces villes déshumanisées et déshumanisantes, redonner la primauté à l’observation et au dialogue qui nous permettent d’appréhender l’autre. Ne plus « passer à côté », mais prendre conscience de ceux qui jusqu’alors nous étaient invisibles, car leur fragilité est de notre responsabilité.

« Marches doucement, car tu marches sur mes rêves » disait Yeats.

Slinkachu - Ground zero

Slinkachu – Ground zero

Pour aller plus loin, le site de Slinkachu.

Yeats, Le sang et la lune

William Butler Yeats (1865-1939)

Le sang et la lune IV (extrait) :

« Sur les fenêtres brillantes et poussiéreuses viennent se coller
Et semblent se coller aux cieux inondés de clair de lune,
Des papillons, paons de nuit ou vanesses aux ailes d’écailles ;
Un couple de phalènes prend son vol.
Toutes les nations modernes sont-elles, comme la tour,
A demi mortes à leur cime ? Qu’importe ce que j’ai dit,
Car la sagesse appartient aux morts,
Incompatible comme elle l’est avec la vie ; et le pouvoir,
Comme tout ce qui est souillé de sang
Appartient aux vivants ; mais nulle tache
Ne peut venir souiller le visage de la lune
Quand elle s’est montrée dans sa gloire au sortir d’un nuage. »

Pieter Brueghel l'Ancien, la Tour de Babel, 1563

Pieter Brueghel l’Ancien, la Tour de Babel, 1563
« Toutes les nations modernes sont-elles, comme la tour,
A demi mortes à leur cime ? »