A propos Sophie - La Labyrinthèque

La Labyrinthèque m'a été inspirée par la Bibliothèque de Babel décrite par J.L. Borges : une bibliothèque dont les ramifications s'étendent à l'infini, un lieu en perpétuel devenir. L'intéressant n'est pas de s'y retrouver mais bien de s'y perdre...

Les sept péchés capitaux – L’envie

Je continue une série entamée il y a fort longtemps avec des œuvres d’art, et vous livre cette fois un roman en rapport avec l’un des sept péchés capitaux : l’envie.

(Vous pouvez aussi retrouver les articles consacrés à la paresse, la gourmandise, la luxure et la colère.)

Couverture de l'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford de Ron Hansen

Couverture de l’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford de Ron Hansen

L’envie est un motif très prégnant en littérature, car souvent moteur de l’intrigue. Ce sentiment trouble entraîne des actions ambivalentes, comme le montre très bien L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, de Ron Hansen.

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Poétique de la ruine

Aujourd’hui, je vous propose quelques réflexions sur le motif de la ruine architecturale.

Yves Marchand, Romain Meffre, Atrium, Farwell Building, série The Ruins of Detroit, 2005-2010

Yves Marchand, Romain Meffre, Atrium, Farwell Building, série The Ruins of Detroit, 2005-2010

Mélange inextricable d’organique et d’inorganique, la ruine exerce un grand pouvoir de fascination sur les artistes par son caractère dual. Ainsi, les oppositions entre formes géométriques construites et formes végétales fluides, entre couleurs verdoyantes et tons grisâtres sont très souvent mises en avant.

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Quand on est chat #5

Karel Appel, The Circus Suite, Le Chat Clown from Portfolio III, 1978, collection privée

Karel Appel, The Circus Suite, Le Chat Clown from Portfolio III, 1978, collection privée

Le chat ouvrit les yeux
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux,
Le soleil y resta.

Voilà pourquoi, le soir,
Quand le chat se réveille,
J’aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil

Maurice Carême, L’Arlequin, 1972

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C’est lundi que lisez-vous #8

La Labyrinthèque participe au rendez-vous littéraire du lundi initié par Mallou et repris par Galleane. Le principe est simple :

« Il vous suffit chaque lundi de répondre à ces trois questions :
Qu’ai-je lu la semaine passée ?
Que suis-je en train de lire en ce moment ?
Que vais-je lire ensuite ? »

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Tag « Je lis donc je suis »

Se décrire à travers les livres que l’on a lu, une jolie idée repérée chez Audrey du blog Light & Smell :

  • Décris-toi :
    Le renard du Petit Prince (Antoine de Saint-Exupéry)

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L’art de Mikhail Fiodorov

Pour démarrer en beauté cette nouvelle année 2018, je vous propose de plonger dans l’univers chatoyant et festif des contes illustrés par Mikhail Fiodorov.

Mikhail Fiodorov, Illustration du Petit Poucet

Mikhail Fiodorov, Illustration du Petit Poucet

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L’art du portrait : le visage en question #9

Après vous avoir parlé, au cours de 8 articles (à retrouver ci-dessous), de la nature du portrait dans l’art contemporain et de son questionnement sur le visage, il est temps de nous quitter sur ce petit bilan des théories développées, accompagné de références bibliographiques pour ceux et celles qui souhaiteraient poursuivre la réflexion.

⇒ Retrouver les articles précédents : #1 ; #2 ; #3 ; #4 ; #5 ; #6 ; #7 ; #8

Le portrait aujourd’hui interroge. L’effacement qui s’y joue déstabilise. Voilà que le portrait ne tire plus l’image d’un individu au-devant de nous mais au contraire la fait refluer au fond de la toile. Le portrait deviendrait-il alors retrait ? Assurément le mouvement de disparition est l’écho pictural d’un réel de plus en plus désincarné. Le portrait évoque la société dans laquelle il a été produit, où l’excès de particularisme et la débauche d’images recouvrent et absorbent toute aspérité.

L’individu se manifeste en un état transitif mais aussi transitoire dont le portrait fait cependant la catharsis de par sa fonction mémorielle.

Gerhard Richter, Madame Wolleh avec enfants ,1968, Art Institute, Chicago

Gerhard Richter, Madame Wolleh avec enfants, 1968, Art Institute, Chicago

La représentation se distancie de plus en plus du modèle qu’elle prend pour sujet. Il a depuis longtemps été constaté que la représentation opère un remplacement du réel par le fictif. Dès lors, nous sommes amenés à penser que l’altérité et l’étrangeté sont inévitables au portrait. Les artistes – conscients que représenter revient à assurer une présence mais aussi à remplacer le référent – jouent donc de la différence qui naît au creux de toute représentation. Le portrait substitue à un être absent une présence picturale qui ne se révèle justement que dans l’absence de son modèle et par sa distance par rapport à celui-ci.

Le portrait énonce clairement ses enjeux : il ne redouble pas le réel, il ne cherche pas la mimesis, mais au contraire une exaltation de l’imaginaire en ce que celui-ci déforme le réel. Se dégageant de l’image négative élaborée par Platon qui voudrait que la représentation artistique ne soit que dérivation d’une dérivation d’une Idée première, la représentation apparaît aujourd’hui non comme un sous-produit, un aperçu réducteur, mais bien comme un au-delà où naissent de nouvelles Idées.

Léon Kossoff, Autoportrait, 1956, Collection particulière

Léon Kossoff, Autoportrait, 1956, Collection particulière

Le portrait demande donc au spectateur un regard déréalisé. En effet, en négligeant les apparences superficielles de la réalité, l’artiste s’attache à effacer l’apparent pour faire apparaître l’invisible que déroule l’imaginaire. Évitant les certitudes de l’apparence et les délimitations du réel, le portrait plonge dans l’incertain, le flou, le rêve. Le portrait se veut ce lieu d’oscillation et d’entre-deux qui autorise la complexité. Il se laisse aller à l’évocation, à la trace faisant naître le désir de l’autre et ainsi suscite l’émotion, chose-en-soi de l’existence.

Zoran Music, Portrait d'Ida, 1988, collection particulière

Zoran Music, Portrait d’Ida, 1988, collection particulière

Le portrait fait émerger sans fin le visage de l’œuvre, ce visage refluant du chaos de la création pour dire toute la subjectivité de la peinture. Le portrait ne montre rien moins que sa naissance dans « cet espace sans fin de courants qui s’entrechoquent, d’abîmes qui s’entrouvrent, d’étoiles[1]  ». De l’abîme naît le plein, de l’ombre l’éclat ; le chaos est création, le chaos est transformation. Tel pourrait être le message du portrait en cette seconde moitié du 20ème siècle. De ce chaos de l’imaginaire, le portrait accouche de la peinture. Celle-ci s’incarne en tant que trace de l’artiste, seul sujet ressemblant.

Le sujet, tel qu’il est peint par l’artiste, devient un reflet de ce dernier. Tout portrait, et donc toute œuvre, est autoportrait.


[1] Bonnefoy, Yves, Les planches courbes, Paris, Gallimard, 2001, p.104


Bibliographie sélective

  • Baudinet, Marie-José, Schlatter, Christian (dir.), Du visage, Presses universitaires de Lille, 1982
  • Clair, Jean, Autoportrait au visage absent, Paris, Gallimard, 2008
  • Deleuze, Gilles, Francis Bacon. Logique de la sensation, Paris, Seuil, 2002
  • Derrida, Jacques, Mémoires d’aveugle. L’autoportrait et autres ruines, Paris, Réunion des Musées Nationaux, 1990
  • Didi-Huberman, Georges, La peinture incarnée suivi de Le Chef d’œuvre inconnu par Honoré de Balzac, Paris, Les Editions de Minuit, 1985
  • Frontisi-Ducroux, Françoise, Du masque au visage. Aspects de l’identité en Grèce ancienne, Paris, Flammarion, 1995
  • Henry, Michel, Incarnation. Une philosophie de la chair, Paris, Seuil, 2000
  • Kaufmann, Jean-Claude, Ego. Pour une sociologie de l’individu, Paris, Nathan, 2001
  • Le Breton, David, Des visages. Essai d’anthropologie, Paris, Métailié, 2003
  • Lévinas, Emmanuel, Humanisme de l’autre homme, s.l., Fata Morgana, 1972
  • Lévinas, Emmanuel, Totalité et infini, Paris, Librairie Générale Française, 1990
  • Lévi-Strauss, Claude (dir.), L’identité, Paris, Grasset, 1977
  • Lipovetsky, Gilles, L’ère du vide. Essais sur l’individualisme contemporain, Paris, Gallimard, 1983
  • Merleau-Ponty, Maurice, Le visible et l’invisible, Paris, Gallimard, 1964
  • Nancy, Jean-Luc, Le regard du portrait, Paris, Galilée, 2000
  • Neyrat, Frédéric, L’image hors-l’image, s.l., Editions Léo Scheer, 2003
  • Noudelmann, François, Image et absence. Essai sur le regard, Paris, L’Harmattan, 1998

C’est Noël que lisez-vous ?

En ce jour très particulier, je vous propose un « C’est lundi que lisez-vous » spécial Noël !

Le principe de ce rendez-vous littéraire initié par Mallou et repris par Galleane :

« Il vous suffit chaque lundi de répondre à ces trois questions :
Qu’ai-je lu la semaine passée ?
Que suis-je en train de lire en ce moment ?
Que vais-je lire ensuite ? »

JRR Tolkien, Illustration des Lettres du Père Noël

JRR Tolkien, Illustration des Lettres du Père Noël

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