Les anges ne vieillissent pas – à propos d’Henri Matisse et Marc Chagall

On a souvent dit des artistes Henri Matisse et de Marc Chagall qu’ils sont des chantres de la couleur. Bien au-delà, ils sont de véritables conteurs de la joie de vivre.

Marc Chagall, La Danse, 1950-1951, Paris, Centre Pompidou

Marc Chagall, La Danse, 1950-1951, Paris, Centre Pompidou

Pour tous les deux, la révélation de la couleur comme expression de l’émotion créatrice se fait progressivement pour atteindre un apogée au milieu du 20è siècle.

Marc Chagall, Le Mariage, 1909, Zürich, collection Buhrle

Marc Chagall, Le Mariage, 1909, Zürich, collection Buhrle

Ici, l’atmosphère est encore assez austère. Pourtant il s’agit d’une fête à Vitebsk, ville natale de Chagall.

Henri Matisse, L'atelier sous les toits 1903, Fitzwilliam Museum, Cambridge

Henri Matisse, L’atelier sous les toits 1903, Fitzwilliam Museum, Cambridge

dans cette oeuvre de Matisse, la palette de couleurs est encore assez réduite et sobre mais la couleur commence à poindre, notamment à travers la fenêtre.

A partir de 1910, c’est la révélation pour Chagall. Il arrive à Paris et voit le travail des artistes « fauves », où les couleurs vives éclatent indépendamment de la ligne dessinée. De plus, en visitant Paris, Chagall est impressionné par la luminosité du paysage (« Paris est lumière » dira-t-il). Chagall voit les œuvres de Matisse qui le marquent fortement : « oui ! cette anarchie exaltante, ce panache ! »

Les voyages revêtent une importance cruciale pour les deux artistes : Chagall part pour Nice en 1926 ainsi que Matisse. Matisse voyage en Corse en 1898, à Saint-Tropez en 1904, à Collioure en 1905 et plus tard en Algérie et au Maroc. Ces voyages leur révèlent la lumière du Midi.

Marc Chagall, Nature morte à la lampe, 1910, Courtesy Gallery Rosengart, Lucerne

Marc Chagall, Nature morte à la lampe, 1910, Courtesy Gallery Rosengart, Lucerne

Henri Matisse, Nature morte Séville II, 1911, Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg

Henri Matisse, Nature morte Séville II, 1911, Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Ces deux natures mortes témoignent de l’évolution des peintres : la couleur, pleine de vitalité, structure la ligne.

Henri Matisse, Intérieur avec jeune fille, 1905-1906, MoMA, New York

Henri Matisse, Intérieur avec jeune fille, 1905-1906, MoMA, New York

Parfois la couleur se fait si intense et diffuse qu’elle pénètre dans les formes :

Marc Chagall, Le triomphe de la musique, 1967, peinture murale du Metropolitan Opera de New York

Marc Chagall, Le triomphe de la musique, 1967, peinture murale du Metropolitan Opera de New York

Henri Matisse, L'atelier rouge, 1911, MoMA, New York

Henri Matisse, L’atelier rouge, 1911, MoMA, New York

Marc Chagall, le Magicien, 1968, collection privée

Marc Chagall, le Magicien, 1968, collection privée

Henri Matisse, Fleurs et céramique, 1911, Stadelesches Kunstinstitut und Stadtische Galerie, Francfort

Henri Matisse, Fleurs et céramique, 1911, Stadelesches Kunstinstitut und Stadtische Galerie, Francfort

Le noir est également présent dans l’œuvre des deux artistes. Chargé de couleurs, il semble rediffuser la lumière comme un miroir.

Marc Chagall, Le vase noir, 1955

Marc Chagall, Le vase noir, 1955

Henri Matisse, Le vase d'iris, 1912, Musée de l'Ermitage, Saint Pétersbourg

Henri Matisse, Le vase d’iris, 1912, Musée de l’Ermitage, Saint Pétersbourg

Outre les intérieurs et natures mortes, les personnages dépeints par les artistes reflètent également la passion de la vie : rotondité et douceur des corps, tout en arabesques, visages souriants presque enfantins.

Marc Chagall, Les amoureux et la bête, 1957

Marc Chagall, Les amoureux et la bête, 1957

Henri Matisse, Madame Matisse, madras rouge, 1907, Fondation Barnes, Merion

Henri Matisse, Madame Matisse, madras rouge, 1907, Fondation Barnes, Merion

Les personnages de Chagall se rencontrent, par les jeux de mains, de regards ; ils s’enlacent. Les personnages de Matisse sont en revanche plutôt  tournés vers eux-mêmes, se parlant de loin en un discours muet mais instinctivement compris :

Marc Chagall, Les fiancés

Marc Chagall, Les fiancés

Henri Matisse, la Conversation, 1908-1912, Musée de l'Ermitage, Saint Pétersbourg

Henri Matisse, la Conversation, 1908-1912, Musée de l’Ermitage, Saint Pétersbourg

Chez Matisse, une confrontation est ici palpable dans l’intensité des regards échangés.

La danse, la musique, mais aussi le cirque sont des thèmes chers aux deux artistes. Fascinés par le mouvement et le rythme, Matisse et Chagall n’ont eu de cesse de les transcrire en variations colorées et lignes sinueuses.

Marc Chagall, Le cheval de cirque, 1964, Courtesy Hammer Galleries, New York

Marc Chagall, Le cheval de cirque, 1964, Courtesy Hammer Galleries, New York

Henri Matisse, Le cirque, 1947, estampe extraite de l'album Jazz, Centre Pompidou, Paris

Henri Matisse, Le cirque, 1947, estampe extraite de l’album Jazz, Centre Pompidou, Paris

A travers leur art, Matisse et Chagall rêvent d’un monde idéal, empli de joie et d’amour. Le thème de l’Eden est clairement revendiqué par Chagall (il pratiquait d’ailleurs le hassidisme, un courant de la religion juive encourageant la communion entre les hommes par l’amour). Ainsi s’exprimait-il : « il n’y a dans notre vie qu’une seule couleur qui donne un sens à la vie et à l’art, la couleur de l’amour ». Et Matisse de préciser « l’amour n’est-il pas à l’origine de toute création ? ».

Marc Chagall, Le paradis terrestre, 1959, panneau céramique de 4 carreaux et peinture à l'huile

Marc Chagall, Le paradis terrestre, 1959, panneau céramique de 4 carreaux et peinture à l’huile

Henri Matisse, Le Bonheur de vivre, 1905-1906, Fondation Barnes, Merion

Henri Matisse, Le Bonheur de vivre, 1905-1906, Fondation Barnes, Merion

L’œuvre de Matisse et de Chagall est toute de spontanéïté et d’émerveillement, elle est comme le reflet du monde tel que le voit un enfant. A ce propos Matisse disait « il faut savoir garder cette fraicheur de l’enfance au contact des objets, préserver cette naïveté. Il faut être enfant toute sa vie tout en étant un homme ». Et Pierre Schneider dira de Chagall qu’il « n’était jamais sorti de l’enfance parce qu’il se nourrissait exclusivement de ses rêves […] Les anges ne vieillissent pas ».

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