La couleur de la pluie

C’est l’été, pas question de se laisser décourager par une petite pluie ! D’autant que les intempéries d’été offrent souvent de magnifiques visions, immortalisées par les peintres de tous poils.

Pour vous remonter le moral, regardez par exemple les œuvres d’Olivier Debré. Son monde pictural très aquatique s’ordonne tout entier autour de l’idée de fluidité. Ses coulures colorées évoquent l’eau de pluie dégoulinant sur une vitre, les fonds changeants d’un ciel nuageux après l’orage…

Olivier Debré, Orange Gris Bleu, 1974

Olivier Debré, Orange Gris Bleu, 1974

L’œuvre Orange Gris Bleu évoque parfaitement l’atmosphère humide d’une averse d’été, avec ici un ciel trouble conférant au sol une tonalité de vert sale.

Claude Monet, Falaise à Pourville, pluie, 1896, collection particulière

Claude Monet, Falaise à Pourville, pluie, 1896, collection particulière

Les Falaises de Pourville de Monet sont en revanche balayées par un flot dru faisant écho à l’agitation de la mer en-dessous. Le mélange de bleu foncé et de rose-mauve évoque avec subtilité un climat sombre (ici la Normandie).

Vincent Van Gogh, Champ de blé sous la pluie, 1889, Philadelphia Museum of Art

Vincent Van Gogh, Champ de blé sous la pluie, 1889, Philadelphia Museum of Art

A l’inverse, bien que dans des tons éteints, l’ambiance est plus légère chez van Gogh. De fait, le champ sous la pluie a été peint à Arles où le soleil n’est jamais bien longtemps absent. La pluie, claire, est formée de traits gris qui se prolongent de blanc, effet du soleil s’y reflétant. Ce dernier est déjà prêt à percer derrière les nuages qui surplombent les collines en haut de la toile.

Zao Wou Ki, 18.9.65, 1965, collection particulière

Zao Wou Ki, 18.9.65, 1965, collection particulière

Pour terminer, plongez-vous à l’envi dans les toiles de Zao Wou Ki, comme cette œuvre de 1965 dont les quelques formes présentes au premier et à l’arrière-plan s’effacent dans le flou d’un bleu dense, travaillé tantôt sous forme de vagues, tantôt sous formes de traînées de pluie, tantôt sous forme d’embruns… Marine ou paysage subaquatique ? A vous d’en décider…

Lumières estivales

C’est l’été, le soleil illumine enfin notre quotidien. L’occasion de faire un petit tour des plus beaux horizons dorés de la peinture occidentale…

Robert Delaunay, Paysage au disque, 1906, Musée National d'Art Moderne, Paris

Robert Delaunay, Paysage au disque, 1906, Musée National d’Art Moderne, Paris

Énorme, le soleil de Delaunay domine et diffuse ses vagues de chaleur par pulsations, en de petits aplats colorés. L’éblouissement fait virer la lumière au violine, qui contamine le paysage (à la fois forêt, avec les pins sur la droite, et île paradisiaque, avec le sable et les plantes exotiques en bas).

Frantisek Kupka, Forme de jaune, 1911, collection particulière

Frantisek Kupka, Forme de jaune, 1911, collection particulière

Parallèlement au divisionnisme de Delaunay, Frantisek Kupka propose dans sa Forme Jaune une manifestation de la radiance et de l’énergie à relier aux préoccupations du futurisme et de l’orphisme de cette époque. Les traits, fins et ordonnés en rectangles juxtaposés, sont tissés de lumière grâce au mélange de somptueux jaunes relevés de bruns, vieux roses, pourpres et bleus.

Edvard Munch, Le soleil, 1910-1913, Munch Muset, Oslo

Edvard Munch, Le soleil, 1910-1913, Munch Muset, Oslo

Cette segmentation des rais lumineux apparaît dans la production d’un autre artiste de la même période : Edvard Munch. Le soleil nordique irradie ici la baie d’un fjörd. L’utilisation de longues touches de couleur rectilignes et de cercles concentriques concourt à cet effet.

Joseph Mallord William Turner, Soleil couchant sur un lac, 1840, Tate Gallery

Joseph Mallord William Turner, Soleil couchant sur un lac, 1840, Tate Gallery

Oublions les soleils zénithaux pour (re)découvrir la subtilité des soleils couchants de Turner. Ici, l’astre déclinant n’en est que plus intense. Son rayonnement, diffus, contamine la totalité de la toile. Ciel et mer s’unissent en une même surface coruscante, animée de reliefs donnés par des empâtements de jaune et de rouge ocré. Ainsi, la toile s’anime, et laisse à entendre la fugacité d’un instant sublime.

Vincent Van Gogh, Champ de blé avec faucheur et soleil, 1889, Kröller Müller Museum, Otterlo

Vincent Van Gogh, Champ de blé avec faucheur et soleil, 1889, Kröller Müller Museum, Otterlo

A l’inverse de ce soleil à la fois puissant et délicat, les œuvres d’un Van Gogh montrent un soleil brûlant, inondant le ciel et les champs de sa vivacité colorée. Dans l’aveuglement de midi, tout devient jaune, y compris le petit faucheur étonnamment à l’aise dans cette ambiance ardente.

Nicolas De Staël, Le soleil,1952, MUMA, Le Havre

Nicolas De Staël, Le soleil,1952, MUMA, Le Havre

Enfin le soleil de Nicolas De Staël est très pur, presque blanc. Immense, il envahit la toile resserrée et écrase les champs délimités par de larges aplats rectangulaires au bas de la toile. Toutefois, cette disproportion apparente sert la perspective en suggérant que la terre est vue de très loin, en plongée, alors que le soleil offre un second point de vue redressant notre regard de face. L’air vibre grâce au jaune profond qui nimbe le soleil, et dans lequel viennent se nicher deux silhouettes d’oiseaux donnant profondeur et mouvement à l’espace pictural.