Quéquette en toc et tétin flétri – Poésie fleurie des siècles derniers

Petite réjouissance littéraire du jour : deux poèmes de l’Antiquité et de la Renaissance. Attention, langage cru, laideur et comique sont au rendez-vous :

Dans le premier texte, extrait des Priapées (1er siècle), Priape, affligé d’un pénis géant et d’une lubricité égale, s’adresse à une femme :

« Tu me regardes comme une marionnette,
Avec une serpette de bois et une quéquette en toc.
Cette quéquette je te la fourrerai, tu te la prendras tout entière enfourrée, à la loyale,
Et tu vas en sentir la taille.
Elle est plus raide qu’un treuil, plus bandée qu’une lyre
Et je te l’enfoncerai jusqu’à la septième côte.

Lire la suite

Liste de Noël

Voici quelques suggestions de cadeaux de Noël pour les amateurs de littérature et d’art. Je vous livre ici, en toute subjectivité, mes livres préférés :

Histoire de l’art & esthétique :

Une sélection de catalogues d’expositions et d’ouvrages d’histoire de l’art édités depuis déjà quelques temps… mais de vraies pépites !

  • Babel : catalogue de la fantastique exposition du Palais des Beaux-Arts de Lille. Les analyses textuelles sont extrêmement bien senties. Le parallèle entre art contemporain et oeuvres plus anciennes, entre conceptions de la civilisation d’hier et d’aujourd’hui, est captivant. Les oeuvres choisies sont par ailleurs de grande qualité.

    Wolfe von Lenkiewicz, Babel, 2010

    Wolfe von Lenkiewicz, Babel, 2010

  • Le Chant du monde. L’art de l’Iran safavide. Une invitation poétique, illustrée de magnifiques oeuvres d’art (enluminures, céramiques, arts du métal), à découvrir l’art, mais aussi la mythologie et les us du monde islamique du 16ème au 18ème siècle.
  • Ingres et les modernes : où l’on comprend comment est regardé Ingres depuis le 19ème siècle, et l’apport considérable que son art a constitué pour le développement de la modernité artistique.

    Kathleen Gilje, Comtesse d'Haussonville, Restored, 1994-1996, collection privée

    Kathleen Gilje, Comtesse d’Haussonville, Restored, 1994-1996, collection privée

  • Art et artistes de la modernité : des textes extrêmement pointus, idéaux pour aborder la notion de modernité en art et en comprendre les enjeux et les aboutissants.
  • Castiglione, peintre jésuite à la cour de Chine. Une découverte surprenante, ce livre très bien documenté se lit presque comme un roman. L’art de Castiglione, ce peintre missionné en Chine, témoigne de sa double culture sino-européenne, fascinant !

    Castiglione, Qazaq présentant en tribut leurs chevaux à l'empereur Qianlong, 1757, Paris, Musée Guimet

    Castiglione, Qazaq présentant en tribut leurs chevaux à l’empereur Qianlong, 1757, Paris, Musée Guimet

  • Regards sur l’Europe. L’Europe et la peinture allemande du XIXè siècle. De magnifiques images, notamment de Richter, Dahl, Friedrich….
  • Et pour terminer, Histoire de la laideur, dirigé par Umberto Eco : une plongée dans l’histoire des idées à travers une superbe compilation de textes, magnifiquement illustrée de chefs d’œuvre de l’histoire de l’art. Vous y trouverez des morceaux absolument truculents, que j’ai déjà cités dans « Comme une merde au soleil« 

Poésie :

  • Jacques Prévert, Imaginaires : j’ai déjà parlé de la cocasserie et de l’inventivité des poèmes comme des collages de Prévert ici.

    Jacques Prévert, collage

    Jacques Prévert, collage

  • Rainer Maria Rilke, Poèmes à la nuit : des poèmes profonds, sombres, pour faire vibrer jusqu’au néant du désespoir…
  • Apollinaire, Calligrammes : de l’apport de l’image au texte et vice-versa… des morceaux dont la simplicité fonde la beauté.
  • Difficile de ne pas recommander Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire : des textes tantôt sulfureux, tantôt émouvants. L’alchimie des mots est magique.

Pour les cadeaux, pensez aux nombreuses éditions illustrées par des artistes !

Théâtre :

  • Oscar Wilde, L’importance d’être constant : la plus drôle, la plus « nonsense », bref la plus « english » de toutes les pièces de théâtre. Énorme à lire autant qu’à voir sur scène.

Littérature :

Outre les oeuvres incontournables de la littérature, voici quelques perles à dévorer sans hésiter :

  • Anonyme, Le roman de Renart : je vous en ai déjà parlé, le roman est croquignolesque à souhait ! Un cadeau original et truffé d’humour et de rebondissements.

    Renart tapisserie dame licorne

    Tapisserie de la dame à la licorne, le Goût (détail) – Vers 1500 – Musée de Cluny

  • Asimov, Isaac, Cycle de Fondation : mieux que le cycle des Robots, Fondation est palpitant. Interrogez Internet et vous verrez…
  • Barjavel, René, l’Enchanteur : pour découvrir un Merlin l’enchanteur ultra-original, capable de faire apparaître non pas une corne d’abondance, mais une armoire pleine de boîtes de conserves… en plein Moyen-Age.
  • Cervantes, Miguel, L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche : un autre roman pour rire tout en se cultivant, avec un écriture qui vous emporte d’un bout à l’autre de ce pavé !

    Honoré Daumier - Don Quichotte et Sancho Pansa - 1866/68 - Nationalgalerie, Berlin

    Honoré Daumier – Don Quichotte et Sancho Pansa – 1866/68 – Nationalgalerie, Berlin

  • Gautier, Théophile, Le roman de la momie : pour voyager en Egypte et se replonger dans l’histoire habilement romancée de Moïse, sous l’angle de vue original de l’épouse du pharaon…
  • Herbert, Frank, Dune : du sable et des intrigues. Un univers extraordinairement riche, différent, crédible. Incontournable pour tout amateur de science-fiction.
  • Leroux, Gaston, le fantôme de l’opéra / le secret de la boîte à thé / le Roi mystère : ou tout autre roman de Gaston Leroux ! Feuilletoniste du début du 20ème siècle, ses intrigues, entre policier, thriller, espionnage, rebondissements amoureux, vous happeront totalement. Nuits blanches garanties !
  • Lovecraft, H.P., La quête onirique de Kadath l’inconnue : un très joli voyage dans le monde des rêves, où l’on retrouve l’univers mythologique foisonnant de Lovecraft. Avec une pincée d’adrénaline !

    Nicolas Fructus, Kadath, 2010

    Nicolas Fructus, Kadath, 2010

  • Maalouf, Amin, le périple de Baldassare : un marchand cultivé part sur les traces d’un livre mystérieux… De Samarcande à Gênes, de Chio à Londres, un voyage qui vous fera découvrir des contrées fabuleuses, des personnages aux mœurs bigarrées, des croyances riches et énigmatiques…
  • Sue, Eugène, Les mystères de Paris : avec Gaston Leroux, le meilleur feuilletoniste, et peut-être le meilleur auteur de tous les temps. Dans la veine du Comte de Monte-Christo ou des Misérables, un grand roman d’aventure, avec des personnages forts, aux caractères vrais, et des intrigues qui vous feront dresser les cheveux sur la tête et veiller jusqu’au petit matin, rivé au livre…

N’hésitez pas à relire mes autres chroniques littéraires pour plus d’idées de livres !

« Comme une merde au soleil »

Jusqu’au début du 20ème siècle, la pensée misogyne est courante et même banale. Aussi, lorsque Robert Burton, écrivain du 17ème siècle, énumère avec un malin plaisir les expressions de la laideur, c’est à travers une description de la femme, dont l’amant est (heureusement) aveugle aux défauts. En voici quelques lignes aussi mordantes qu’hilarantes :

« L’amour est aveugle, pour reprendre le dicton […] Tous les amoureux admirent leur maîtresse même si elle est difforme de sa personne, laide, ridée, boutonneuse, le teint blême, rougeaud, jaunâtre, tanné, cireux […] qu’elle est chauve, qu’elle a des yeux de bœuf, chassieux, ou hagards, qu’elle a une face de chat écrasé, ou la tête de travers, lourde, pendante, les yeux enfoncés, cernés de jaune ou de noir, ou qui louchent, la bouche qui va d’une oreille à l’autre […] une barbe de sorcière, l’haleine qui empuantit tout alentour […] le téton en cruche à eau, ou à l’inverse pas de tétons du tout […] qu’elle a la taille fine comme une vache à lait, qu’elle a la goutte, les chevilles qui débordent des chaussures, qu’elle sent des pieds, qu’elle est couverte de vermine, qu’elle est contre nature, un vrai monstre, un gnome raté, que tout son être est répugnant, […] qu’elle est une bonbonne, un laideron, un limaçon, une barrique, une grosse truie, un épouvantail, un squelette ambulant, une maraude […] et qu’à tes yeux elle est comme une merde au soleil, que rien au monde ne te ferait trouver attirante et qui t’inspire même de la haine et du dégoût ; tu voudrais lui cracher à la figure […] c’est […] une souillon, une garce, une péronnelle, une méchante gueuse, sale, puante et bestiale comme un bouc, malhonnête avec ça, obscène, vulgaire, servile, ordurière, sotte, ignorante, acariâtre […] ; qui s’amourache d’elle l’admire en dépit de tout. »

Robert Burton, Anatomie de la mélancolie, 1621

Quentin Metsys - Vieille femme grotesque - 1525/30

Quentin Metsys – Vieille femme grotesque – 1525/30

La satire à l’encontre de la femme a fait florès au moyen-âge et à la renaissance, en témoigne ce sonnet de Rustico Filippi, qui dépeint la femme comme une immondice. Tant d’ardeur dépréciative se solde par un effet comique des plus réussis :

« Où que tu sois, tu emportes tes chiottes,
Comble de puanteur, vieille bougresse,
Tant que quiconque à tes côtés se tient
Le nez bouché et fuit sans plus tarder.

Le tartre de tes dents sort des gencives,
Qu’a infecté ton haleine fétide ;
Toute latrine embaume le cyprès
Auprès de ton odeur, tant elle est forte.

Car on croirait que mille tombes s’ouvrent
Quand tu ouvres le groin ; purge-toi donc
Ou cloître-toi, qu’on ne te sente plus

C’est pour cela que tu fais peur au monde ;En toi je crois que renarde mis bas,
Telle est ta puanteur, truie répugnante. »

Rustico Filippi, Sonnets, XIIIème siècle

Enfin si l’on remonte à l’antiquité, on verra que la virulence à l’encontre des femmes n’était pas moindre :

« Tu as vu, Vétustilla, trois cents consuls et tu n’as plus que trois cheveux et quatre dents, tu as une poitrine de cigale, une jambe et un teint de fourmi, ton front offre plus de plis que ton manteau et tes seins sont pareils à des toiles d’araignée. Comparée à ta bouche béante, la gueule du crocodile du Nil paraît plus étroite; plus mélodieux que ta voix est le coassement des grenouilles de Ravenne, plus doux le bourdonnement des moustiques de la Vénétie. Tu y vois autant que la chouette au matin et tu répands la même odeur que le mâle de la chèvre ; tu as le croupion d’une cane maigre, et un vieux philosophe cynique ne pourrait rivaliser avec les os de tes parties intimes. […] Après deux cents veuvages tu as encore l’audace de rêver mariage et tu as la folie de vouloir qu’un homme ait envie de tes cendres. […] il n’y a aucune torche funéraire qui soit faite pour entrer dans ce vagin décrépit. »

Martial, Épigrammes, Ier siècle

Vieille femme avec un panier - Marbre grec - II siècle avant J.-C.

Vieille femme avec un panier – Marbre grec – II siècle avant J.-C.

Ne nous y trompons pas, les réflexions sur la laideur sont loin de se cantonner à la femme. Hommes, monstres, démons, étrangeté, torture, luxure, kitch… : toute l’histoire de la pensée sur la laideur est décryptée avec brio dans le livre d’Umberto Eco « Histoire de la laideur« , que je vous conseille très vivement.

A lire également pour approfondir cette thématique : Véronique Nahoum-Grappe, « Beauté et laideur : histoire et anthropologie de la forme humaine« .
L’Article est consultable ici : http://www.revue-chimeres.fr/drupal_chimeres/files/05chi08.pdf