L’art du portrait : le visage en question #4

⇒ Lire les articles précédents : #1 ; #2 ; #3

L’identité, au-delà de la personnalité, comprend le genre et la nature. Or le portrait se permet toutes les dénaturations. La peinture institue en effet un mouvement d’abstraction au sein duquel se produit une réorganisation des formes. Dès lors, l’imaginaire du peintre fait ressortir la déformation de l’être. Non seulement le portrait produit une torsion plastique, mais il montre aussi ces pulsions et autres caractères animaux qui « déforment » l’homme. Celui-ci s’efface alors devant ses instincts. Le portrait évoque le « monstrueux » et l’anormal à travers la représentation d’êtres hybrides.

Francis Bacon, Study after Velasquez, 1950, collection particulière

Francis Bacon, Study after Velasquez, 1950, collection particulière

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Throwback Thursday Livresque : Noir et sans espoir

Le Throwback Thursday Livresque est un rendez-vous instauré par le blog BettieRoseBooks.

Le principe : écrire à propos d’une lecture ancienne, sur un thème proposé par la blogueuse.

Cette semaine, le thème est : Noir et sans espoir ou Lumière et plein d’espoir.

C’est donc en toute logique que, pour répondre à ce thème, nous parlerons de COULEUR !

Glenn Brown, Deep Throat, 2007, collection privée

Glenn Brown, Deep Throat, 2007, collection privée

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Comment se viander en beauté

Gilles Deleuze dit de la viande -à propos du peintre Francis Bacon- qu’elle est constituée par la chute de la chair.

Francis Bacon, 3 studies for a crucifixion, 1962, Guggenheim Museum, New York

Francis Bacon, 3 studies for a crucifixion, 1962, Guggenheim Museum, New York

Chez des artistes comme Francis Bacon ou Glenn Brown (dont Bacon est le maître à penser, indéniablement), la dégradation est à la fois cause et résultat de la chute.

Glenn Brown, Nausea, 2008

Glenn Brown, Nausea, 2008

Sur le plan conceptuel, l’aberration de la chair la transforme en viande. Sur le plan physique, celui de la peinture, cette dégradation amène littéralement les corps à tomber.

Et en effet, la chute est un mouvement vers le bas mais aussi vers ce qui est bas, c’est-à-dire l’immonde, l’excrémentiel. Le processus de dégradation amène naturellement la chair à l’état de viande. Le vivant devient inerte, le sensible insensible. Rien moins qu’un passage du sacré au profane.

Bacon peint sur le panneau de droite de son triptyque un corps terrifique, pendu, évoquant un quart de viande suspendu, en référence au Bœuf écorché de Rembrandt ou à celui de Soutine. Ce morceau tombe en lui-même et sur lui-même. Un peu comme une goutte d’eau attirée vers le sol et dont le poids s’accroît à mesure qu’elle s’étire vers le bas.

Rembrandt, le Boeuf écorché, 1655, Musée du Louvre

Rembrandt, le Boeuf écorché, 1655, Musée du Louvre

Chaim Soutine, Boeuf écorché, vers 1924, Musée des Beaux-Arts de Grenoble

Chaim Soutine, Boeuf écorché, vers 1924, Musée des Beaux-Arts de Grenoble

Chez Glenn Brown, s’il y a bien chute, on reste pourtant dans l’ordre de la chair. De fait, le corps reste identifiable, humain. Nous ne voyons pas une viande sanguinolente comme chez Bacon, mais une chair putréfiée en passe de devenir viande avariée.

Non seulement la figure est à l’envers, mais les attributs corps/habits sont eux-mêmes renversés : c’est l’habit qui possède la texture de la chair (ici cadavérique). L’habit/chair saigne même en certains endroits.

Brown « détourne » donc – dans tous les sens du terme – le modèle du pape Innocent X peint par Vélasquez et repris déjà par Bacon.

Diego Velázquez, Portrait du pape Innocent X, 1650, Galerie Doria Pamphilij, Rome

Diego Velázquez, Portrait du pape Innocent X, 1650, Galerie Doria Pamphilij, Rome

Pour aller plus loin :