C’est lundi que lisez-vous #9

La Labyrinthèque participe au rendez-vous littéraire du lundi initié par Mallou et repris par Galleane. Le principe est simple :

« Il vous suffit chaque lundi de répondre à ces trois questions :
Qu’ai-je lu la semaine passée ?
Que suis-je en train de lire en ce moment ?
Que vais-je lire ensuite ? »

J’ai terminé hier La Case de l’Oncle Tom d’Harriet Beecher Stowe, que je vous recommande dans sa version NON abrégée pour la jeunesse, pour prendre toute la mesure de la revendication politique de l’auteur.

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Beauté noire

La peinture de portrait occidentale s’est essentiellement cantonnée à la « race blanche » comme on l’appelait jusqu’au début du XXème siècle. Les personnes de couleur n’y apparaissaient qu’en tant qu’esclaves, servantes, tout au plus des faire-valoir de leurs compagnons blancs dont ils servaient à rehausser le teint !

Pensez à l’Olympia de Manet, où la servante noire vient faire ressurgir par contraste l’opalescence de la peau de la prostituée, aux servantes maures des Dames d’Alger de Delacroix ou du Bain Turc d’Ingres… et ce pour ne parler que du XIXème siècle. L’orientalisme alors en marche démultiplie en effet les représentations des maures, noirs et autres indigènes. Pour autant, ce n’est qu’au XXème siècle que les noirs seront pris pour sujets à part entière de la peinture. En tant que beautés, cette fois, et non plus de simples « curiosités ».

Voici un petit tour d’horizon de ces noirs représentés pour eux-mêmes, depuis les premiers étonnements à la renaissance aux véritables hommages réalisés au XXIème siècle.

Jan Jansz Mostaert - Portrait d'un homme africain, peut-être Christophe le More - vers 1525/1530

Jan Jansz Mostaert – Portrait d’un homme africain, peut-être Christophe le More – vers 1525/1530

Ici un portrait présumé de Christophe Le More, une des premières représentations d’un dignitaire noir.

Annibale Carracche - Portrait d'une esclave africaine - vers 1580

Annibale Carracche – Portrait d’une esclave africaine – vers 1580

Annibale Carrache, grand peintre de la fin du XVIème siècle, peint là une femme africaine, sans surprise cantonnée à son statut d’esclave.

Anne Louis Girodet de Roucy Trioson - Jean-Baptiste Belley, député de Saint-Domingue à la Convention - 1797

Anne Louis Girodet de Roucy Trioson – Jean-Baptiste Belley, député de Saint-Domingue à la Convention – 1797

Suite à l’abolition de l’esclavage en 1794, une classe de « libres de couleur » voit le jour en métropole. Arrivés des colonies, certains s’élèvent dans la hiérarchie, tel Jean-Baptiste Belley, élu député à la convention. Girodet le représente ici dans une pose à la fois nonchalante et élégante. Le regard de Belley, tourné vers les cieux, exprime peut-être qu’il envisage un avenir nouveau pour ses compatriotes. Le costume évoque le raffinement de la culture occidentale, tandis que la boucle d’oreille portée par Belley rappelle ses racines dominicaines. Sa superbe peau noire lustrée contraste avec le buste marmoréen de Guillaume Raynal, philosophe favorable à l’émancipation des noirs.

Pour plus d’informations sur ce tableau : http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=737

Marie Guillemine Benoist - Portrait d'une négresse - 1800

Marie Guillemine Benoist – Portrait d’une négresse – 1800

Trois ans après le tableau de Girodet, ce portrait de Marie Guillemine Benoist dépeint à nouveau une personnalité noire dans le cadre d’une « curiosité ». Les « nègres » fascinent en effet la population blanche au XIXème siècle. Celle-ci voit généralement en eux des « sauvages » inférieurs, plutôt que des hommes différents mais égaux. Benoist gomme cependant toute référence à l’esclavagisme et choisit de peindre une femme noire selon le même format, la même pose et le même usage du nu flatteur qu’elle l’aurait fait pour une femme blanche. Seuls les éléments de costume et notamment le turban rappellent les origines de la jeune femme.

Analyse détaillée du tableau ici : http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=759

Paul Gauguin - Manau Tapapau - 1892

Paul Gauguin – Manau Tapapau – 1892

Dans cette toile bien connue, Gauguin renverse les nus féminins traditionnels (l’Olympia de Manet entre autres). La jeune femme n’est plus couchée sur le dos mais sur le ventre et nous présente son séant. A peine sortie de l’enfance, elle a la peau foncée. C’est toute une tradition de la peinture de nu que Gauguin remet en cause, pour montrer que la beauté se trouve également dans l’Autre. Il suffit simplement de passer de l’autre côté du miroir.

Georg Grosz - Couple noir à Harlem - 1933

Georg Grosz – Couple noir à Harlem – 1933

En 1933, le peintre allemand Georg Grosz, émigré aux USA, peint ce couple de noirs à Harlem. Il montre ici deux personnages élégants : redingote et chapeau haut de forme pour monsieur, robe du soir, col en fourrure et bibi pour madame. Bijoutée et maquillée, elle accompagne son époux au spectacle. Derrière cette image très positive d’un couple noir aisé, se cache toute la misère d’un quartier, et plus généralement d’un Etat, où les noirs sont ghettoïsés, et, pour longtemps encore, persécutés.

Rima Jabbur - Untitled, after Ingres - 1999

Rima Jabbur – Untitled, after Ingres – 1999

Kehinde Wiley - Sleep - 2008

Kehinde Wiley – Sleep – 2008

Dans ces deux dernières œuvres, les artistes contemporains Rima Jabbur et Kehinde Wiley réinterprètent de grands classiques pour y substituer des portraits de noirs ainsi magnifiés. Enfin la beauté en art se revendique noire.