Les sept péchés capitaux – La luxure

Jean Delville, Les trésors de Satan, 1894, Bruxelles, Musée Royal des Beaux-Arts

Jean Delville, Les trésors de Satan, 1894, Bruxelles, Musée Royal des Beaux-Arts

Pour illustrer la luxure, le choix était large, trop large. Écartant les artistes les plus sulfureux de Franz von Stuck à Hans Bellmer en passant par Félicien Rops, je vous propose une vision plutôt douce, voire lumineuse, de la luxure.

Pris dans un mouvement fluide, les corps soyeux des pêcheurs semblent ici entraînés plutôt malgré eux dans la spirale de la luxure. C’est donc l’abandon facile aux plaisirs de la chair qu’évoque Jean Delville. Le péché tient dans cet abandon, ce laisser-faire, plus que dans l’acte en lui-même. Un reproche adressé aux fidèles depuis le Moyen-Age.

La lumière dorée qui les enveloppe magnifie leurs corps. Satan, au-dessus des hommes, se pare d’une beauté à la fois resplendissante (l’origine latine de son nom signifiant de fait « porteur de lumière ») et malsaine. Du diable s’échappe en effet de large tentacules, rappelant à tous le côté vil de cet être trompeur et séducteur.

La beauté cache donc sa part de laideur. Si les corps sont glorieux, ils n’en sont pas moins souillés par la concupiscence que Satan suscite en eux.

Les sept péchés capitaux – La colère

Cet été, pour se détendre, je vous propose un cycle de sept courts articles autour du thème des sept péchés capitaux.

Regardons ensemble sept œuvres à travers les filtres de la paresse, de la gourmandise, de la luxure, de l’avarice, de l’envie, de la colère, de l’orgueil.

Sept œuvres que l’on pourrait croire créées expressément pour illustrer ces vices. S’il ne s’agit pas à proprement parler d’allégories des sept péchés capitaux, les œuvres que nous allons voir ne peuvent toutefois manquer d’y référer.

Pour débuter sur un ton « chaud » – l’été s’y prête – voici la colère.

William Bouguereau, Dante et Virgile aux Enfers, 1850, Paris, Musée d'Orsay

William Bouguereau, Dante et Virgile aux Enfers, 1850, Paris, Musée d’Orsay

Dans cette œuvre peinte par William Bouguereau, nous allons même au-delà de la colère. Rage aveugle qui fait s’entre-déchirer comme des bêtes deux êtres dans les profondeurs de l’enfer.

L’œuvre illustre un passage de la Divine Comédie de Dante. Dante, accompagné du poète Virgile, voyage à travers les enfers. Il croise de nombreux damnés en proie à d’éternels châtiments tous plus cruels les uns que les autres. Ici, Schicchi et Cappochio sont condamnés à s’entre-dévorer sans fin en raison de leurs délits de faussaires.

Dans l’univers de Dante, chaque cercle des enfers correspond à un vice. Schicci et Cappochio sont pris par le vice de l’argent, que nous pourrions relier au péché capital de l’avarice. Curieux pourtant comme la représentation de Bouguereau -suivant la description de Dante- montre plutôt la colère, qui, pire que l’avarice, jette l’un contre l’autre deux représentants du genre humain.

L’œuvre montre en effet l’exacerbation des instincts animaux de l’homme.

Le choc des corps est violent. Deux virilités s’affrontent, s’entre-déchirent, mais s’entremêlent aussi. Le combat atteint son paroxysme, et semble alors se renverser. La sensualité des corps nus intriqués évoque de fait l’étreinte amoureuse, une étreinte brutale, sauvage. Et de fait, en enfer, toutes les passions se déchaînent…