Liste de Noël

Voici quelques suggestions de cadeaux de Noël pour les amateurs de littérature et d’art. Je vous livre ici, en toute subjectivité, mes livres préférés :

Histoire de l’art & esthétique :

Une sélection de catalogues d’expositions et d’ouvrages d’histoire de l’art édités depuis déjà quelques temps… mais de vraies pépites !

  • Babel : catalogue de la fantastique exposition du Palais des Beaux-Arts de Lille. Les analyses textuelles sont extrêmement bien senties. Le parallèle entre art contemporain et oeuvres plus anciennes, entre conceptions de la civilisation d’hier et d’aujourd’hui, est captivant. Les oeuvres choisies sont par ailleurs de grande qualité.

    Wolfe von Lenkiewicz, Babel, 2010

    Wolfe von Lenkiewicz, Babel, 2010

  • Le Chant du monde. L’art de l’Iran safavide. Une invitation poétique, illustrée de magnifiques oeuvres d’art (enluminures, céramiques, arts du métal), à découvrir l’art, mais aussi la mythologie et les us du monde islamique du 16ème au 18ème siècle.
  • Ingres et les modernes : où l’on comprend comment est regardé Ingres depuis le 19ème siècle, et l’apport considérable que son art a constitué pour le développement de la modernité artistique.

    Kathleen Gilje, Comtesse d'Haussonville, Restored, 1994-1996, collection privée

    Kathleen Gilje, Comtesse d’Haussonville, Restored, 1994-1996, collection privée

  • Art et artistes de la modernité : des textes extrêmement pointus, idéaux pour aborder la notion de modernité en art et en comprendre les enjeux et les aboutissants.
  • Castiglione, peintre jésuite à la cour de Chine. Une découverte surprenante, ce livre très bien documenté se lit presque comme un roman. L’art de Castiglione, ce peintre missionné en Chine, témoigne de sa double culture sino-européenne, fascinant !

    Castiglione, Qazaq présentant en tribut leurs chevaux à l'empereur Qianlong, 1757, Paris, Musée Guimet

    Castiglione, Qazaq présentant en tribut leurs chevaux à l’empereur Qianlong, 1757, Paris, Musée Guimet

  • Regards sur l’Europe. L’Europe et la peinture allemande du XIXè siècle. De magnifiques images, notamment de Richter, Dahl, Friedrich….
  • Et pour terminer, Histoire de la laideur, dirigé par Umberto Eco : une plongée dans l’histoire des idées à travers une superbe compilation de textes, magnifiquement illustrée de chefs d’œuvre de l’histoire de l’art. Vous y trouverez des morceaux absolument truculents, que j’ai déjà cités dans « Comme une merde au soleil« 

Poésie :

  • Jacques Prévert, Imaginaires : j’ai déjà parlé de la cocasserie et de l’inventivité des poèmes comme des collages de Prévert ici.

    Jacques Prévert, collage

    Jacques Prévert, collage

  • Rainer Maria Rilke, Poèmes à la nuit : des poèmes profonds, sombres, pour faire vibrer jusqu’au néant du désespoir…
  • Apollinaire, Calligrammes : de l’apport de l’image au texte et vice-versa… des morceaux dont la simplicité fonde la beauté.
  • Difficile de ne pas recommander Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire : des textes tantôt sulfureux, tantôt émouvants. L’alchimie des mots est magique.

Pour les cadeaux, pensez aux nombreuses éditions illustrées par des artistes !

Théâtre :

  • Oscar Wilde, L’importance d’être constant : la plus drôle, la plus « nonsense », bref la plus « english » de toutes les pièces de théâtre. Énorme à lire autant qu’à voir sur scène.

Littérature :

Outre les oeuvres incontournables de la littérature, voici quelques perles à dévorer sans hésiter :

  • Anonyme, Le roman de Renart : je vous en ai déjà parlé, le roman est croquignolesque à souhait ! Un cadeau original et truffé d’humour et de rebondissements.

    Renart tapisserie dame licorne

    Tapisserie de la dame à la licorne, le Goût (détail) – Vers 1500 – Musée de Cluny

  • Asimov, Isaac, Cycle de Fondation : mieux que le cycle des Robots, Fondation est palpitant. Interrogez Internet et vous verrez…
  • Barjavel, René, l’Enchanteur : pour découvrir un Merlin l’enchanteur ultra-original, capable de faire apparaître non pas une corne d’abondance, mais une armoire pleine de boîtes de conserves… en plein Moyen-Age.
  • Cervantes, Miguel, L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche : un autre roman pour rire tout en se cultivant, avec un écriture qui vous emporte d’un bout à l’autre de ce pavé !

    Honoré Daumier - Don Quichotte et Sancho Pansa - 1866/68 - Nationalgalerie, Berlin

    Honoré Daumier – Don Quichotte et Sancho Pansa – 1866/68 – Nationalgalerie, Berlin

  • Gautier, Théophile, Le roman de la momie : pour voyager en Egypte et se replonger dans l’histoire habilement romancée de Moïse, sous l’angle de vue original de l’épouse du pharaon…
  • Herbert, Frank, Dune : du sable et des intrigues. Un univers extraordinairement riche, différent, crédible. Incontournable pour tout amateur de science-fiction.
  • Leroux, Gaston, le fantôme de l’opéra / le secret de la boîte à thé / le Roi mystère : ou tout autre roman de Gaston Leroux ! Feuilletoniste du début du 20ème siècle, ses intrigues, entre policier, thriller, espionnage, rebondissements amoureux, vous happeront totalement. Nuits blanches garanties !
  • Lovecraft, H.P., La quête onirique de Kadath l’inconnue : un très joli voyage dans le monde des rêves, où l’on retrouve l’univers mythologique foisonnant de Lovecraft. Avec une pincée d’adrénaline !

    Nicolas Fructus, Kadath, 2010

    Nicolas Fructus, Kadath, 2010

  • Maalouf, Amin, le périple de Baldassare : un marchand cultivé part sur les traces d’un livre mystérieux… De Samarcande à Gênes, de Chio à Londres, un voyage qui vous fera découvrir des contrées fabuleuses, des personnages aux mœurs bigarrées, des croyances riches et énigmatiques…
  • Sue, Eugène, Les mystères de Paris : avec Gaston Leroux, le meilleur feuilletoniste, et peut-être le meilleur auteur de tous les temps. Dans la veine du Comte de Monte-Christo ou des Misérables, un grand roman d’aventure, avec des personnages forts, aux caractères vrais, et des intrigues qui vous feront dresser les cheveux sur la tête et veiller jusqu’au petit matin, rivé au livre…

N’hésitez pas à relire mes autres chroniques littéraires pour plus d’idées de livres !

Chevelures en tous sens

La chevelure, un des fantasmes de la féminité par excellence.

De la peinture à la sculpture, elle fait fonction de parure naturelle de la femme. Toutefois, dans certaines œuvres, elle devient véritablement le sujet principal :

Luigi Russolo, Chevelure, la Chevelure de Tina, 1910-1911, Collection particulière

Luigi Russolo, Chevelure, la Chevelure de Tina, 1910-1911, Collection particulière

Henri Matisse, La Chevelure, 1932, National Gallery of Australia

Henri Matisse, La Chevelure, 1932, National Gallery of Australia

Opulente, ondoyante, la chevelure, par sa texture riche et son mouvement voluptueux, devient, chez Matisse ou Russolo, une métaphore de la femme. La partie évoque ici le tout, se substituant au corps dans son entier : courbes, sinuosités, chaleur (évoquée par les tons de flamme de la peinture de Russolo), mais aussi sensations tactiles (douceur, légèreté ou au contraire lourdeur…).

Franz Von Stuck, Lilith ou Le péché, 1893

Franz Von Stuck, Lilith ou Le péché, 1893

La sensualité du cheveu peut même devenir diabolique comme dans les œuvres symbolistes de la fin du 19ème siècle, par exemple celles de Franz Von Stuck, Gustav Klimt ou encore Giovanni Segantini. Chez Stuck, la chevelure brune, épaisse, cache de sombres mystères. Elle séduit, envoûte, et fait tomber dans le péché, clairement symbolisé par le serpent qui la prolonge. Enfin la chevelure fonctionne comme substitut d’une autre pilosité, tout aussi fournie, attirante et secrète…

Paul Dardé - Eternelle Douleur - 1913

Paul Dardé – Éternelle Douleur – 1913

Or cette même chevelure est bientôt frappée d’anathème, à travers le mythe de Méduse. Maudite pour sa beauté ensorcelante, Méduse voit sa chevelure se transformer en serpents, son charme aimable devenir monstrueux. Charme stupéfiant, au sens propre du terme.

Giovanni Segantini, Les mauvaises mères, 1894, Kunsthaus Zurich

Giovanni Segantini, Les mauvaises mères, 1894, Kunsthaus Zurich

Segantini condamne aussi à sa façon cette chevelure libertine, en en faisant l’apanage des « mauvaises mères », femmes de mauvaises mœurs, qui se voient punies de cruelle façon. Leur chevelure devient toile et prison, elle les accroche à des arbres dont les branches, se confondant avec le drapé, s’enroulent autour du corps des femmes. Étrange analogie avec la figure de la crucifixion.

Dante Gabriel Rossetti, Lady Lilith, 1866-1868, Delaware Art Museum

Dante Gabriel Rossetti, Lady Lilith, 1866-1868, Delaware Art Museum

La chevelure, rousse en particulier, est un sujet de prédilection à la fin du 19ème siècle. Image d’une féminité idéalisée, cette chevelure est aussi marque de vanité (vanité de la beauté, de la femme, mais aussi de l’idéal féminin), comme le montrent les œuvres de Fernand Khnopff, Dante Gabriel Rossetti ou encore Gustav Klimt.

Gustav Klimt, Serpents d'eau I, 1904-1907, Osterreichische Galerie Belvedere, Vienne

Gustav Klimt, Serpents d’eau I, 1904-1907, Osterreichische Galerie Belvedere, Vienne

Gustav Klimt, serpents d'eau II, 1904-1907, Osterreichische Galerie Belvedere, Vienne

Gustav Klimt, Serpents d’eau II, 1904-1907, Osterreichische Galerie Belvedere, Vienne

Dans les Serpents d’Eau de Klimt, la chevelure ruisselle autour des corps, soulignant les courbes ondoyantes et suaves des fesses, des cuisses, du dos.

Dans d’autres œuvres, la chevelure devient voile, cache l’intimité pour mieux dévoiler la sensualité des corps. Cette ambiguïté est à relier avec l’iconographie de Sainte Marie Madeleine, la pécheresse repentie.

Gregor Erhardt, Sainte Marie Madeleine, vers 1515-1520, Musée du Louvre, Paris

Gregor Erhardt, Sainte Marie Madeleine, vers 1515-1520, Musée du Louvre, Paris

Or la chevelure de Marie Madeleine, autrefois symbole de sensualité et de lucre, lui devient objet d’humilité : elle s’en sert pour essuyer les pieds du Christ sur la croix. Dans la sculpture de Gregor Erhardt, la chevelure devient habit, bien que camouflant partiellement sa nudité. Toutefois le sculpteur, en laissant voir cette chair, exprime un corps assumé et lavé de ses péchés : donc d’une beauté innocente proche de l’Éden originel.

Sandro Botticelli, la Naissance de Vénus, vers 1486, Musée des Offices, Florence

Sandro Botticelli, la Naissance de Vénus, vers 1486, Musée des Offices, Florence

Le corps de la Madeleine n’est pas provocant, mais propice à une contemplation apaisée. Cette image fait écho à la Naissance de Vénus de Botticelli qui dépeignait quant à lui une beauté divine, quoi que déjà plus tendancieuse, puisque celle de Vénus…

Et par ce retour au profane et au sensuel, la boucle est ainsi bouclée – c’est le cas de le dire !

Et en bonus, ne manquez pas de (re)lire La Chevelure de Charles Baudelaire (1857) :

« Ô toison, moutonnant jusque sur l’encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l’alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d’autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

J’irai là-bas où l’arbre et l’homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l’ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève !
Tu contiens, mer d’ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l’or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D’un ciel pur où frémit l’éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d’ivresse
Dans ce noir océan où l’autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l’azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m’enivre ardemment des senteurs confondues
De l’huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ? »