Willem De Kooning – Peindre pour en découdre

Jackson Pollock, avec sa technique de l’action painting, n’est pas le seul peintre américain à avoir fait du geste et de l’action des éléments déterminants sa peinture. C’est aussi le cas du peintre Willem de Kooning (1904-1997).

Willem de Kooning, Abstraction, 1949-1950, Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza

Willem de Kooning, Abstraction, 1949-1950, Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza

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Deux expos pour l’automne : Zao Wou-Ki et Jakuchu

Figuratif, non-figuratif… cet automne il y en a pour tous les goûts ! Et pour célébrer la couleur, je tiens à vous parler d’une exposition coup de cœur : Zao Wou-Ki (1920-2013) au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.

Peintures monumentales, ambiance contemplative… Certaines toiles donnent une impression de violence, avec leurs couleurs de terre ravagée et leurs mouvements brusques de révolte, tandis que d’autres, plus éthérées, nous enveloppent d’un halo prismatique. On ressort, malgré ce contraste, plutôt apaisé de cette exposition évoquant l’immensité de paysages naturels comme l’insondable profondeur des émotions humaines.

Zao Wou-Ki, 01.04.66, collection particulière

Zao Wou-Ki, 01.04.66, collection particulière

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Frantisek Kupka et la symorphie

Frantisek Kupka (1871-1957) a côtoyé de nombreux mouvements artistiques (fauvisme, cubisme, futurisme, orphisme, abstraction…) tout en gardant toujours un style particulier.

Frantisek Kupka, Disques de Newton, 1912, Philadelphia Museum of Art

Frantisek Kupka, Disques de Newton, 1912, Philadelphia Museum of Art

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Le chant des couleurs

Aujourd’hui, partons sur les traces d’un peintre pionnier de l’expressionnisme abstrait américain : Hans Hofmann.

Né en Allemagne en 1880, il passe le début du 20ème siècle en France, où il s’imprègne des avant-gardes. Il sera ainsi marqué par le fauvisme d’un Braque ou d’un Matisse, l’abstraction de Kandinsky, ou encore l’orphisme représenté par les époux Delaunay. Ces grands courants ont en commun l’exaltation de la couleur, l’éclatement et la mobilité des formes dans l’espace pictural. Ces principes deviennent les charnières de l’œuvre de Hofmann.

A Paris, Hofmann fréquente Picasso, Braque, les Delaunay et Matisse. Ses œuvres de jeunesse sont tributaires de leurs influences, notamment les intérieurs inspirés des ateliers de Matisse ou de Picasso.

Hans Hofmann, Interior composition, 1935, Berkeley Art Museum

Hans Hofmann, Interior composition, 1935, Berkeley Art Museum

 

Henri Matisse, L'atelier rose, 1911, Musée Pouchkine, Moscou

Henri Matisse, L’atelier rose, 1911, Musée Pouchkine, Moscou

Hans Hofmann, Table with teakettle, green vase and red flowers, 1936, Berkeley Art Museum

Hans Hofmann, Table with teakettle, green vase and red flowers, 1936, Berkeley Art Museum

Pablo Picasso, Grande nature morte au guéridon, 1931, Musée Picasso, Paris

Pablo Picasso, Grande nature morte au guéridon, 1931, Musée Picasso, Paris

Hans Hofmann, Still life, Yellow table on green, 1936, Dallas Art Museum

Hans Hofmann, Still life, Yellow table on green, 1936, Dallas Art Museum

 A partir de 1933, Hofmann émigre aux États-Unis. Se libérant peu à peu de l’empreinte du figuratif, Hofmann expérimente dans les années 1940 une conjonction de couleurs lumineuses et de formes fluides.

Hans Hofmann, Provincetown House, 1940, collection privée

Hans Hofmann, Provincetown House, 1940, collection privée

Hans Hofmann, Fantasia, 1943, Berkeley Art Museum

Hans Hofmann, Fantasia, 1943, Berkeley Art Museum

Il travaille par coulées et jets de peinture. Cette technique sera reprise et portée à son apogée par Jackson Pollock, sous le nom de « Dripping ».

Hans Hofmann, Spring, 1944-45, MOMA, New York

Hans Hofmann, Spring, 1944-45, MOMA, New York

Jackson Pollock, Convergence, 1952, Albright Knox Art Gallery, Buffalo

Jackson Pollock, Convergence, 1952, Albright Knox Art Gallery, Buffalo

Après les tournures fluctuantes, Hofmann passe dans la décennie suivante à des formes plus denses et structurées.

Hans Hofmann, Equinox, 1958, Berkeley Art Museum

Hans Hofmann, Equinox, 1958, Berkeley Art Museum

Hans Hofmann, Miz, pax vobiscum, 1964, Modern Art Museum of Fort Worth

Hans Hofmann, Miz, pax vobiscum, 1964, Modern Art Museum of Fort Worth

Ses superpositions de carrés influenceront peut-être Mark Rothko, qui fut son élève avec Lee Krasner ou encore Helen Frankenthaler.

Mark Rothko, n°5-n°22, vers 1950, MOMA, New York

Mark Rothko, n°5-n°22, vers 1950, MOMA, New York

Hans Hofmann, The conjuror, 1959, Städtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau München, Munich

Hans Hofmann, The conjuror, 1959, Städtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau München, Munich

Hans Hofmann, Above deep waters, 1959, Berkeley Art Museum

Hans Hofmann, Above deep waters, 1959, Berkeley Art Museum

 Au-delà du cercle des élèves, la pâte du maître se retrouve aussi chez d’autres tenants de l’expressionnisme abstrait américain comme Joan Mitchell ou Willem De Kooning.

Willem De Kooning, Composition, 1955, Guggenheim Museum, New York

Willem De Kooning, Composition, 1955, Guggenheim Museum, New York

Joan Mitchell, L'ecole buissonniere, vers 1959, Hammer Museum, Los Angeles

Joan Mitchell, L’ecole buissonniere, vers 1959, Hammer Museum, Los Angeles

Mort en 1966, Hans Hofmann aura donc été un jalon central de l’expressionnisme coloré au 20ème siècle. S’il a influencé nombre de protagonistes de l’art abstrait américain, n’oublions pas qu’il a tout autant reçu, se nourrissant d’échanges constants avec ses contemporains.

En revanche, la conception artistique d’Hofmann a ceci de particulier qu’elle revendique la musicalité des gestes picturaux, plutôt que l’action dynamique (Pollock) voire violente (De Kooning), ou encore le flottement méditatif (Frankenthaler, Rothko…).

Tout au long de sa carrière, Hofmann parle en effet en termes musicaux de sa peinture : la couleur permet selon lui de créer des intervalles, des tensions harmoniques… Cette conception mélodique de la peinture est héritée des idées de Robert Delaunay mais bien plus encore de Frantisek Kupka. Ce dernier s’appuie en effet sur la « gamme » chromatique pour créer un champ/chant harmonique dans lequel entrent en résonance les formes. Des œuvres aux titres évocateurs tels que « Les touches de Piano » ou « Fugue » convoquent ainsi, par les accords de formes verticales ou sphériques, par la vibration des couleurs, le déroulement d’un concert. Ou quand l’abstraction visuelle transpose l’abstraction sonore.

Frantisek Kupka, Les touches de piano, 1909, Narodni Galerie, Prague

Frantisek Kupka, Les touches de piano, 1909, Narodni Galerie, Prague

Frantisek Kupka, Etude pour Amphora, Fugue à deux couleurs et Amorpha, Chromatique chaude, 1911-12, Guggenheim Museum, New York

Frantisek Kupka, Etude pour Amphora, Fugue à deux couleurs et Amorpha, Chromatique chaude, 1911-12, Guggenheim Museum, New York

Frantisek Kupka, Disques de Newton, Etude pour Fugue à deux couleurs, vers 1911, Philadelphia Museum of art

Frantisek Kupka, Disques de Newton, Etude pour Fugue à deux couleurs, vers 1911, Philadelphia Museum of art

Cette même recherche d’accords subtils et de notes fugaces, fondus en un délicat équilibre, porte tout l’œuvre de Hans Hofmann.

Hans Hofmann, One Afternoon, 1955, The Phillips Collection, Washington

Hans Hofmann, One Afternoon, 1955, The Phillips Collection, Washington