Entre ici-bas et au-delà

Le monde à ma fenêtre, tel est le titre de la belle exposition de l’œuvre de Josef Sudek, organisée par le Musée du jeu de Paume jusqu’au 25 septembre.

Sudek, photographe praguois est un artiste majeur de la scène artistique tchèque du milieu du 20è siècle.

Josef Sudek, La dernière rose, 1956, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa

Josef Sudek, La dernière rose, 1956, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa

Ses photographies proposent un regard délicat et sensible sur les objets et la nature environnante. Le grain photographique, très travaillé dans certaines natures mortes, nous rend par exemple les objets de La dernière rose extrêmement proches. Les détails revêtent ici une importante capitale, endossant une réelle présence tactile : les punaises en bas de l’image, l’empilement de livres à peine visible sur la droite de la photographie, le flacon de parfum dans la pénombre. Ces objets mettent en valeur le sujet central, un bouquet de roses dans un vase posé à l’aplomb d’une fenêtre envahie de buée. La fenêtre, presque entièrement « aveugle » du fait du jeu de la pluie sur sa surface, marque à la fois un obstacle à notre regard et une transition vers un extérieur incertain. L’au-delà de la vitre se propose comme un au-delà de l’œuvre, qui en appelle à l’imaginaire du spectateur pour apparaître.

Josef Sudek, La fenêtre de mon atelier, vers 1940-1948, Musée des beaux-Arts du Canada, Ottawa

Josef Sudek, La fenêtre de mon atelier, vers 1940-1948, Musée des beaux-Arts du Canada, Ottawa

La problématique de l’apparition/disparition, via le contraste intérieur/extérieur, est un thème cher à l’artiste. Sudek la développe à travers une série de photographies prises de son atelier entre 1940 et 1948. Deux univers se côtoient, se chevauchent, se heurtent même. Parcellaire, la vision que nous donne l’artiste du monde en pointe les incertitudes, mais aussi la poésie, la mélancolie.

Josef Sudek, Quatre saisons, l'été, de la série la fenêtre de mon atelier, vers 1940-1948, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa

Josef Sudek, Quatre saisons, l’été, de la série la fenêtre de mon atelier, vers 1940-1948, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa

Les vues que nous propose Sudek, encloses par le cadre de la fenêtre, n’en sont pas moins infinies, en évoquant non seulement un lieu mais une temporalité. C’est ce temps capturé dans la photographie qui nous charme encore aujourd’hui. Immobiles, calmes, les sujets de Sudek offrent une éternité apaisante.

Josef Sudek, La fenêtre de mon atelier, vers 1940-1948, Musée des beaux-Arts du Canada, Ottawa

Josef Sudek, La fenêtre de mon atelier, vers 1940-1948, Musée des beaux-Arts du Canada, Ottawa

Parfois, l’usage du noir et blanc devient presque pictural. Ainsi, les coulées de pluie évoquent des traînées de peinture abstraites, et la surface de la vitre devient toile.

Josef Sudek, Rue de Prague, 1920-1925, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa

Josef Sudek, Rue de Prague, 1920-1925, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa

Sudek représente également les rues de Prague, de préférence dans la pénombre du soir couchant ou dans l’obscurité nocturne, sculptée par le halo des réverbères.

Josef Sudek, Prague pendant la nuit, vers 1950-1959, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa

Josef Sudek, Prague pendant la nuit, vers 1950-1959, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa

Josef Sudek, Souvenirs par poste aérienne pour le Docteur Brumlik, 1971, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa

Josef Sudek, Souvenirs par poste aérienne pour le Docteur Brumlik, 1971, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa

La délicatesse des choses, qu’elles soient plumes, coquillages, verres ou statues, est au cœur de l’œuvre de Sudek. L’œuvre Statue en témoigne : même brisée et replâtrée, la sculpture dégage une aura de douceur.

Josef Sudek, Statue, vers 1948-1964, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa

Josef Sudek, Statue, vers 1948-1964, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa

Le monde intimiste de Sudek est enfin celui de la solitude. Autrui est absent. C’est ainsi que notre regard bute contre la fenêtre, et y projette ses larmes.

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